Textes de Habib Mokhrani
19. La NAKBA enfin reconnue
« L’histoire devrait passer aux aveux » (Michelet)
Bien que (trop) tardive, la décision de l’Assemblée Générale de l’ONU de commémorer la NAKBA palestinienne est remarquable, à plus d’un titre. Rappelons rapidement ce que ce mot arabe signifiant « catastrophe » représente dans l’histoire du Moyen-Orient et en particulier pour le peuple palestinien. C’est, avant tout, l’expulsion en 1947/48 de ce peuple de la terre où il vivait depuis des millénaires par les forces armées sionistes. Le résultat global de cette usurpation brutale de territoire est la création de l’État d’Israël accompagné de l’exode forcé de près de huit cent mille Palestiniennes et Palestiniens, devenus aujourd’hui 6 Millions, vivant précairement et éparpillés dans des camps de réfugiés à travers toute la région. De très nombreux documents (livres, articles, témoignages…) produits par toutes les parties concernées, relatent et confirment ces faits historiques avérés. Cependant, le régime sioniste israélien les nie toujours officiellement afin de ne pas en endosser la responsabilité.

18. Palestiniens, un peuple en danger
Yasser Arafat, le dirigeant de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), déclarait, quelques mois avant de disparaître en Novembre 2004 :«nous ne voulons pas être les peaux rouges du Moyen Orient»; évoquant ainsi les risques d’anéantissement de son peuple par les sionistes qui occupent son pays natal, il fait également allusion aux symboles étrangement proches de deux situations apparemment très différentes : pour éliminer les autochtones des USA, les colons ont commencé par massacrer les bisons (base de leur vie), alors qu’en Palestine ce sont les oliviers (fondement de la civilisation palestinienne) qui, par milliers, sont détruits.
Télécharger et lire l’article

17. Palestiniens, les damnés de la Terre Sainte
Le premier indice significatif que nous avons relevé et qui annonce la tragédie que vivent les Palestiniens encore aujourd’hui, se trouve dans un livre récent écrit par le journaliste israélien Ari Shavit qui constate: «En Palestine, en 1897, il y a plus d’un demi-million d’Arabes, de Bédouins et de Druzes. Ce territoire compte vingt villes et bourgades et une centaine de villages. Alors comment se peut-il que Bentwich [arrière-grand-père de l’auteur], toujours pointilleux, ne les remarque pas? Comment ce juif anglais aux yeux d’aigle ne voit-il pas, du haut de la tour de Ramla, que cette terre est occupée? Qu’un autre peuple occupe la terre de ses ancêtres»? (…)

16. Misère du sionisme en Palestine
Dans un livre intitulé «Misère de l’antisionisme», le philosophe Ivan Segré tente de montrer que Israël attire exagérément la critique alors que d’autres événements (comme le génocide des Tutsis au Rwanda) sont relativement moins médiatisés ; il en attribue la cause au fait que cela concerne le pays des Juifs et que l’acharnement contre cet Etat tient de l’antisémitisme. (…)

15. Le sionisme, génocidaire de l’olivier en Palestine
Pourquoi il faut consommer le plus possible l’huile d’olive de Palestine (on en vend aux stands du CAP si jamais)…
Par Habib Mokrani.

14. Apartheid en Palestine
Quand le monde va-t-il, enfin, le prendre en considération?
Que signifie le mot apartheid? En quoi l’Etat d’Israël est-il un Etat d’apartheid? Lisez cet article signé Habib Mokrani pour en savoir plus sur la politique d’apartheid apparue en Palestine dès la création d’Israël et les raisons de l’indifférence complice de l’occident.

13. Sinistre Aveuglement sioniste en Palestine
« L’Histoire devrait passer aux aveux (Michelet) »
Après trente années d’existence (depuis 1948) l’Etat sioniste israélien a ouvert ses archives. Cela a permis à un petit nombre d’historiens universitaires de les consulter avec minutie et un professionnalisme exemplaire. Cette revue de l’histoire contemporaine a encore une fois démontré que les vainqueurs de 1948 n’avaient pas dérogé à la règle qui veut que l’histoire relatée au lendemain de la création de leur Etat était essentiellement apologétique et nationaliste.
La nouvelle génération d’historiens, en découvrant les archives de leur pays vont rapidement en tirer une leçon qui allait remettre en cause toute l’histoire officielle qui s’était bien gardée de montrer que l’Etat israélien s’était bâti sur les décombres fumants de la Palestine historique. Les Palestiniens, dans leur grande majorité (prés de 800000), avaient été forcés à l’exode par la terreur et leurs biens confisqués sans autre forme de procès. Aujourd’hui, la preuve irréfutable vivante de ce nettoyage ethnique, ce sont les 5,7 Millions de réfugiés palestiniens qui croupissent dans des camps gérés par l’UNRWA (1)…sans espoir de voir la fin de leur calvaire qui dure depuis 1948 !
L’un de ces historiens qui ont dévoilé « le péché originel » de la fondation d’Israël est le professeur d’université Benny Morris. Ses livres (2) sont stupéfiants par les descriptions des détails et de l’ampleur des crimes commis par les sionistes à l’encontre de la population palestinienne durant les années 1947/1948.
C’est pourquoi, une question se pose : comment les sionistes ont pu cacher au monde , pendant plus de trente ans, la destruction de villes , villages , demeures , sans qu’il y ait eu de mobilisation pour empêcher cet anéantissement physique et culturel d’un peuple dont la seule faute était de vivre depuis des siècles sur une terre convoitée par le colonialisme sioniste qui se fondait, en vue de légitimer cette usurpation , sur le texte sacré de la Bible transformée pour ce faire en livre d’histoire universelle. Ainsi, Terre Sainte et Terre promise ont été confusément confondues.
Benny Morris, interviewé en 2004 par le journal israélien Haaretz qui cherchait à comprendre ce que ressentait l’historien après qu’il eut rapporté les méfaits des troupes sionistes pour débarrasser la Terre Sainte de ses habitants autochtones et qu’il était alors accusé par certains de ses lecteurs de porter atteinte à l’image et à l’honneur de son pays, allait donner une interprétation originale du résultat de ses recherches. Sans nier ni remettre en question ses écrits, cet éminent historien expose un point de vue troublant pour un universitaire de réputation mondiale. Pour lui les sionistes n’avaient pas pu faire autrement au moment des faits perpétrés contre les Palestiniens. Tous les massacres, les viols, les expulsions avaient été nécessaires afin de pouvoir créer « l’Etat des Juifs » tel que le préconisait l’idéologie de T. Herzl qu’il avait adoptée. D’une manière impitoyable, il précise. « Un Etat Juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner 700000 Palestiniens. Par conséquent il était nécessaire de les déraciner. Il n’y avait pas d’autre choix que d’expulser cette population ». Ces propos, d’une froideur inouïe, aux relents racistes et colonialistes, nous ramènent à l’époque triomphante de la colonisation il y a deux ou trois siècles. Pour tenter de justifier l’extrême rigueur des atrocités commises par les troupes sionistes, Benny Morris explique sans sourciller : « C’est un monde (l’Islam) dans lequel la vie humaine n’a pas la même valeur qu’elle a en Occident ». Le mot est lâché : les Palestiniens sont inférieurs humainement et culturellement aux Israéliens, leurs colonisateurs, leurs dominateurs! Par ces funestes propos l’historien Morris s’est effacé, remplacé par le dogmatiste sioniste dont l’idéologie politique remplace toute autre valeur humaine, éthique ou morale. Dans ce rôle pour légitimer la catastrophe palestinienne provoquée en 1947/48 par les sionistes, Benny Morris représente le prototype de cette société israélienne transformée, fourvoyée par la doctrine sioniste conquérante issue du triomphe de la force militaire depuis 1967.L’une des manifestations de ce nouveau comportement au sein de la société israélienne est la quasi absence d’empathie, notée par différents observateurs envers ceux qu’elle a soumis et brisé par la domination brutalement imposée.
En 2020, Sylvain Cypel qui a vécu en Israël plusieurs années comme correspondant du journal Le Monde va écrire un essai(3) dont le titre « L’ETAT D’ISRAËL CONTRE LES JUIFS » annonce un profond paradoxe qui mine la société israélienne. Il y décrit comment la seule utilisation de la force est devenue, pour l’ethnie majoritaire dans ce pays, la justification assumée de toutes les mesures prises contre les Palestiniens au mépris (également assumé) de la loi internationale ou de toute morale communément admise (par exemple, en emprisonnant des enfants sans jugement). Pour donner une idée de ce que ce livre nous apprend citons un passage à la fois sidérant et effrayant : « Diverses études américaines l’ont montré : aucune autre société au monde n’a autant soutenu le président américain (Mr Trump) depuis son élection que la société juive israélienne. Ce n’est pas dû au hasard, car le culte de la force lui est quasi constitutif depuis son émergence. Un exemple en est illustratif. Un verset de la Bible veut que ce qui ne s’obtient « ni par la puissance ni par la force s’obtient par l’esprit » (Zacharie,IV,6). Le sens biblique est que l’esprit est celui de l’Eternel. Mais la phrase résume aujourd’hui, en hébreu moderne, l’idée que ce qui ne s’obtient pas par la force s’obtient par l’intelligence. Cependant, la sagesse populaire israélienne a transformé le verset du prophète en un dicton très connu et plus radical (à défaut d’être intelligent) : « Ce qui ne s’obtient pas par la force s’obtient en usant de plus de force. » Tout est dit: la force et rien que la force.
Assumant la Nakba (catastrophe que subissent les Palestiniens depuis 1948) mais niant leur responsabilité, les sionistes se placent au-dessus de toute loi autre que celle qu’ils ont bâtie par la force et qu’ils imposent au monde entier en créant des faits accomplis que personne ne remet réellement en cause. En Palestine la loi de la jungle prévaut avec la bénédiction et la complicité du monde qui s’autoproclame civilisé. Heureusement quelques voix s’indignent de l’intérieur même d’Israël et dénoncent enfin les abus de cet Etat qui continue d’user de l’oxymore « démocratie juive »pour se qualifier abusivement. L’ONG israélienne B’Tselem (la plus importante association qui se bat pour préserver les droits humains dans son pays) a osé émettre un rapport circonstancié dénonçant l’apartheid pratiqué par l’Etat israélien. Cet exemple qui fait grand bruit devrait être largement suivi pour en espérer mettre fin à cette injustice inacceptable et injurieuse en Palestine.
H.Mokrani, 08.02.2021
Bibliographie succincte
- UNRWA
- Victimes : Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Benny Morris, Editions Complexes-IHTP CNRS ; The birth of the Palestinian Refugees Problem, 1947-49
- L’Etat d’Israël contre les Juifs, Sylvain Cypel, Editions La Découverte, 2020

12. L’apartheid sanitaire, pointe de l’iceberg de l’apartheid sioniste en Palestine
« L’Histoire devrait passer aux aveux (Michelet) »
L’arbre ne doit plus cacher la forêt
Le succès de la vaccination anti Covid19 en Israël fait l’admiration et la une de nombreux médias en Occident. Plus de 1.5 million d’israéliens ont été vaccinés depuis le 23 décembre 2020, date du début de cette vaccination. L’efficacité du système de santé de ce pays est remarquable et attire les louanges de l’étranger. La performance du processus d’approvisionnement en vaccins est également un exemple pour tous les autres pays où le rationnement des doses est déjà en cours.
Au printemps dernier, la lutte contre la Covid19 en Israël avait frôlé la catastrophe car son Premier Ministre, adepte de Mr Trump, avait nié le danger de cette pandémie. Nul doute que Mr Netanyahou, de nouveau en campagne électorale, va tirer profit du bon déroulement du programme de vaccination de toute la population israélienne.
Par contre, ce qui n’est pas rapporté par les grands médias, et en particulier par la télévision (la RTS à 19h30 le27.01.2021), c’est le manque de prise en compte de toute la population des territoires occupés illégalement par Israël dont ce pays doit assumer la responsabilité (entre autres) sanitaire selon les conventions de Genève. Pour l’instant seuls les colons installés illégalement sur les territoires palestiniens occupés seront vaccinés. C’est ce qui ressort du plan de mise en place de la vaccination contre la Covid19 par le ministère israélien de la santé, dénoncé par Amnesty International. Le bureau « Moyen-Orient et Afrique du Nord » de cette ONG a affirmé début janvier 2020 : «Le programme de vaccination contre le Covid19 d’Israël dévoile la discrimination institutionnalisée qui définit la politique du gouvernement israélien vis-à-vis des Palestiniens ».
De la discrimination sanitaire à l’apartheid[1] généralisé
Cette attitude discriminatoire du régime israélien n’a rien de nouveau et confirme le traitement injuste, inhumain de la population palestinienne soumise à un apartheid évident mais toujours pas reconnu par les institutions internationales. Pourtant, il y a plus de trente ans et après une analyse fine sur le terrain, le Tribunal Russel avait statué que Israël avait institué, par ses lois, ses règlements et ses pratiques, un régime d’apartheid contre les Palestiniens au sens du statut de Rome définissant la Cour pénale internationale en 2002. En 2011 ce même tribunal publiait une étude conduite par des experts juristes internationaux dans laquelle ils affirmaient : « Le système juridique israélien octroie un statut privilégié aux Juifs par rapport aux non-Juifs par le truchement de ses lois sur la citoyenneté et sur la nationalité juive. Celles-ci ont créé un groupe privilégié dans la plupart des domaines de la vie publique, y compris les droits de séjour, la propriété foncière, l’urbanisme ainsi que l’accès aux services et aux droits sociaux, économiques et culturels ».
En 2017, un rapport commandé par la représentation de l’ONU au Moyen-Orient et écrit par deux éminents juristes américains (Richard Falk et Virginia Tilley) parvenait à la même conclusion : le régime sioniste israélien pratiquait bien l’apartheid pour soumettre les Palestiniens. Sous la pression des Etats-Unis et d’Israël l’ONU a retiré ce rapport accablant et n’en a pas tenu compte bien que ce retrait l’a rendu célèbre au-delà de toute espérance! Des livres, des articles de presse, des conférences ont dénoncé au fil des ans cette infamie sioniste mais aucune sanction n’a été prise pour empêcher Israël de poursuivre sa politique raciste en Palestine.
B’Tselem, lumière dans la nuit noire
Depuis le 12 janvier 2020, une puissante voix s’est élevée en Israël/Palestine pour enfin faire part de la réalité sociale et politique, si bien occultée, de ce territoire. Il s’agit de la puissante ONG israélienne B’Tselem qui se bat depuis plus de trente ans pour que soient respectés les droits humains dans son pays et dans les TPO (Territoires Palestiniens Occupés). Dans un rapport publié le 12 janvier 2020 en anglais, cette ONG vient confirmer avec force et de nombreux détails un fait de plus en plus irréfutable : « Un régime de suprématie juive du Jourdain jusqu’à la mer Méditerranée : c’est de l’apartheid ».
Il faudrait être doté d’une très épaisse couche d’inhumanité, d’inconscience et de mauvaise foi politique pour ne pas admettre que la paix dans cette région est entravée et impossible à atteindre tant que l’abject régime d’apartheid reste en vigueur contre des millions de Palestiniens.
Concluons en rappelant que tous les pays membres de l’ONU ont le devoir de combattre dans le but de le supprimer tout régime d’apartheid qui est indubitablement considéré par la législation internationale comme un crime contre l’humanité.
H.Mokrani, le 02.02.2021
[1] Définition du crime d’apartheid : La Convention sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid de 1973 définit « le crime d’apartheid comme les actes inhumains… commis en vue d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci ».

11. Réfugiés Palestiniens, 72 ans d’exode
«L’histoire devrait passer aux aveux» (Michelet)
Texte paru dans le bulletin de Solidarité sans frontières en mars 2018. Mis à jour le 30.12.2020
Sans un bref rappel historique, la situation des réfugiés Palestiniens ne peut être comprise, tant elle est complexe. Depuis le 29 Novembre 1947 (date du vote par l’ONU du partage de la Palestine sous mandat Britannique) jusqu’à l’armistice entre Israël et les pays Arabes voisins en Juillet 1949, quelque 750’000 Palestiniens ont quitté la terre sur laquelle ils vivaient depuis des siècles et se sont répartis comme suit :
280’000 en Cisjordanie, 70’000 en Transjordanie, 190’000 dans la bande de Gaza, 100’000 au Liban, 75’000 en Syrie, 7000 en Egypte et 4000 en Irak. Sans aucun moyen de subsistance, ils vont être installés dans des camps qu’ils occupent encore aujourd’hui. Pour faire face à cette catastrophe (que les Palestiniens nomment la NAKBA), l’ONU crée en Novembre 1949 l’UNRWA, l’organisme qui devra fournir et coordonner les aides d’urgence aux seuls réfugiés palestiniens. Ceux-ci sont alors persuadés que leur séjour forcé à l’étranger ne va pas durer et qu’ils pourront rejoindre leurs foyers dés que les hostilités entre Israël et ses voisins Arabes auront pris fin. Pour faciliter ce retour, l’ONU a adopté, le 11 Décembre 1948, la résolution 194 qui stipule : « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible ». L’Etat israélien va opposer une fin de non recevoir à ce retour, arguant que les Palestiniens avaient abandonné leurs terres et leurs domiciles volontairement. Ce mythe du départ volontaire va être dénoncé et démoli par les ‘nouveaux historiens’ Israéliens (Benny Morris, Ilan Pappé, Avi Shlaim, Tom Segev…). Ils vont démontrer, en se fondant essentiellement sur les archives de l’Etat israélien, que les Palestiniens ont été poussés à l’exil par la force et la terreur exercées par les milices sionistes et qu’un plan de nettoyage ethnique (Dahlet) avait bien été mis en place et exécuté systématiquement. Ainsi, plus de 500 villages palestiniens ont été détruits et/ou vidés de leurs habitants pendant la période 1947/48. Le témoignage de Jacques de Reynier, le premier représentant Suisse du CICR à Jérusalem est édifiant ; il écrit, dans son livre « A Jérusalem, un drapeau flottait… », à propos du massacre perpétré par l’Irgoun dans le village de Deir Yassine : « Il y avait 400 personnes dans ce village, une cinquantaine se sont enfuies, trois sont encore vivantes, tout le reste a été massacré sciemment, volontairement car, je l’ai constaté, cette troupe est admirablement disciplinée et n’agit que sur ordre ».
Les réfugiés Palestiniens, aujourd’hui
La NAKBA continue ! Dans 58 camps, vivent 5’629’829 réfugiés palestiniens enregistrés en 2020 par l’UNRWA qui considère qu’un « réfugié palestinien » est « une personne (y compris ses descendants) qui a eu sa résidence normale en Palestine pendant deux ans au moins, avant le conflit de 1948 et qui, en raison de ce conflit, a perdu à la fois son foyer et ses moyens d’existence et a trouvé refuge en 1948 dans l’un des pays où l’UNRWA assure ses secours ». Considérés comme étant différents des autres réfugiés gérés par le HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés) qui leur assure une protection juridique internationale, les réfugiés palestiniens sont soumis à la juridiction de chaque pays d’accueil. Par contre leur statut spécifique conforte leur identité et leur droit au retour.
Selon la comptabilité de l’UNRWA, 2’272’411 réfugiés palestiniens vivent actuellement en Jordanie, 1’460’315 dans la bande de Gaza, 858’758 en Cisjordanie, 562’312 en Syrie, 476’033 au Liban. Cette agence de l’ONU, dotée d’un budget annuel de 1,9 Mia $, vient en aide à cette population qui vit dans des conditions d’extrême pauvreté dans des logements précaires. Elle intervient dans le domaine de la santé (137 centres de santé ont été créés), de l’éducation (711 écoles sont fréquentées par 0,54 Millions d’élèves), des services sociaux (300’000 personnes sur 1,2 Millions en situation de pauvreté absolue sont prises en charge), de l’infrastructure (reconstruction des logements détruits), de la microfinance (prêts pour créer une économie durable), des urgences (crise syrienne, situation à Gaza qui est une véritable « prison à ciel ouvert » à cause du blocus israélien).
Les réfugiés palestiniens doivent se conformer à la règlementation de chacun des pays ou ils demeurent et sont soumis aux conditions de vie aléatoires de ces territoires :
- Palestine : les réfugiés représentent 40% de la population et parmi eux, 32% sont au chômage ; suite aux offensives israéliennes, 142’000 maisons de réfugiés ont été endommagées en été 2014; en Juin 2016, seules 67’000 familles ont reçu des aides d’urgence pour reconstruire leur logement
- Jordanie : les Palestiniens représentent 60% de la population et disposent des mêmes droits que les Jordaniens ; ils sont nombreux à avoir opté pour la nationalité jordanienne ; cependant, les 100’000 réfugiés venus de Gaza après la guerre de 1967 ne bénéficient toujours pas de ces avantages ; d’autre part les autorités locales ont refusé l’entrée des réfugiés palestiniens qui fuyaient les combats violents de Syrie alors que les réfugiés syriens étaient acceptés
- Liban : constituant 10% de la population du pays, les réfugiés Palestiniens sont tolérés en tant que « résidents temporaires ». Ils y vivent dans des camps sous étroite surveillance sans pouvoir acquérir des biens fonciers et interdits d’exercer une vingtaine de professions libérales, pour la plupart
- Syrie : bénéficiant de plus de droits qu’au Liban (les droits sociaux par exemple), les réfugiés palestiniens subissent de nouveau la migration forcée provoquée par la guerre qui sévit dans ce pays ; jusqu’en 2016, 339’000 réfugiés ont été déplacés à l’intérieur ou hors de Syrie et se retrouvent sans statut légal dans les pays hôtes. Ceux qui demeurent en Syrie y vivent dans des conditions déplorables et 430’000 d’entre eux nécessitent une aide humanitaire (nourriture, soins…).
La diaspora palestinienne
Les réfugiés officiellement dénombrés par l’UNRWA ne constituent pas la totalité de la communauté palestinienne issue de l’exode de 1948 qui est estimée, par le PCBS (Bureau Central Palestinien des statistiques) à 12 Millions de personnes en 2016 .Ce nombre comprend les Arabes-Israéliens qui proviennent des quelque 160’000 Palestiniens ayant pu rester sur leur territoire après avoir été déplacés en perdant tous leurs biens fonciers ; le CBS (le Bureau Central des Statistiques d’Israël) évalue leur nombre à 1,808 Million en 2017.
En Palestine (Cisjordanie et Gaza) résident 4,6 Millions de Palestiniens, 5 Millions dans les pays arabes,675’000 dans les autres pays dont 200’000 en Europe.
La Suisse et les réfugiés palestiniens
Prés de1500 Palestiniens d’origine vivraient en Suisse (expatriés, apatrides, naturalisés…). Par contre la Suisse apporte une aide conséquente aux réfugiés palestiniens. Par un communiqué de presse du 18 Novembre 2020, le Conseil fédéral a annoncé que la Suisse maintenait son aide en faveur des réfugiés de Palestine pour les années 2021 à 2022 : la contribution au budget de l’UNRWA est de 20 Millions de Francs par an environ; elle est destinée à l’éducation, à la protection de la santé et aux prestations sociales de ces réfugiés.
En avril 2014, le Suisse Pierre Krähenbühl a été nommé commissaire général de l’UNRWA ; il a dirigé au sein de cette agence un processus de réforme structurelle afin de mener à bien sa mission de maintien de la stabilité dans la région.
Le Devenir des réfugiés palestiniens
Le gouvernement des USA a annoncé récemment qu’il supprimait sa contribution (300 Millions $) au budget de L’UNRWA ; voilà de quoi accentuer la misère et la détresse dans les camps en Palestine. Le Commissaire général va s’organiser pour trouver les fonds nécessaires à la continuation du fonctionnement de son institution. Cette réussite va provoquer l’ire du gouvernement américain ! Soumis à des critiques acerbes, Mr Krähenbühl démissionne de son poste en 2019. Une enquête de l’ONU va l’innocenter de toutes les dénonciations qu’il a subies mais le rapport relatif à cette enquête n’est toujours pas rendu public. Depuis une année, Philippe Lazzarini, d’origine suisse, le remplace.
Ce survol de la situation des réfugiés palestiniens ne donne qu’un aperçu imparfait et incomplet de la souffrance et de la maltraitance endurées par cette population depuis 72 ans ; durant toutes ces années, trois générations de plusieurs millions d’êtres humains ont vécu dans des camps insalubres, sans aucun espoir d’apercevoir la fin de leur déchéance. Certes ils reçoivent quelques aides pour pouvoir survivre mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de leur misère. Leurs enfants sont destinés à naître, à vivre et à mourir dans ces camps ou règne l’indignité. Tout cela sous le regard d’un monde compatissant mais qui fait si peu pour que cela cesse. L’impéritie de l’ONU est flagrante et scandaleuse : toutes les résolutions votées pour sortir les réfugiés de cette ornière mortifère sont restées lettre morte… Pris en tenaille entre le refus israélien de mettre fin à leur calvaire et leur rêve tenace de retourner vivre sur la terre de leurs ancêtres, ils croupissent dans des camps sans aucun espoir d’une vie normale dans un futur proche. C’est ce que le premier Premier ministre d’Israël, David Ben Gourion, avait prédit et allait réaliser, lorsqu’il écrit dans son journal le 18 juillet 1948 : « Nous ferons tout pour nous assurer qu’ils (les Palestiniens) ne reviendront pas ».Face à ce déni du droit à vivre sur la terre qui nous a vu naître, le monde civilisé a renoncé à rendre justice comme pour confirmer l’affirmation d’Albert Camus en 1958 : « Cet esprit d’équité, il est vrai, semble étranger à la réalité de notre histoire où les rapports de force définissent une autre sorte de justice ; dans notre société internationale, il n’est de bonne morale que nucléaire. Le seul coupable est alors le vaincu ».
Il est vrai que le problème des réfugiés palestiniens a reçu très peu d’échos dans la presse de grande diffusion, nationale ou internationale. Une sorte d’omerta, de loi du silence, a empêché que le grand public en soit informé. L’histoire de Dorothy Thompson illustre bien cet état de fait. Célèbre journaliste américaine, elle a été réduite au silence après ses reportages, à la fin des années quarante, sur les camps de réfugiés palestiniens. Peut-être, les moyens modernes de communication permettront-ils de répandre à grande échelle la vérité sur cet épineux problème et ainsi le résoudre, sous la pression de l’opinion publique indignée.
H.Mokrani, 30.12.2020

10. Palestine, les frères ennemis
«L’histoire devrait passer aux aveux» (Michelet)
Depuis plus d’un siècle, l’injustice règne en Palestine. Multiforme, d’origines diverses (politique, économique, religieuse…) elle accable le peuple palestinien qui, malgré tout, lui a fait face sous la forme d’une résistance violente mais de plus en plus pacifique aujourd’hui. D’où vient cet acharnement du sort contre un peuple qui n’aspirait qu’à vivre librement et en paix sur la terre de ses ancêtres ?
COLONISATION FORCENEE
Un élément déterminant de cette situation est la mise en application de l’idéologie sioniste en Palestine historique. Celle-ci, fondée pour l’essentiel sur les mythes bibliques du « Peuple élu » et de la « Terre promise » a su manipuler adroitement en sa faveur la conscience du monde occidental (profondément imprégné de culture biblique) à un moment très sensible où celui-ci découvrait l’ampleur inimaginable de l’horrible massacre des Juifs d’Europe, la Shoah. Habilement et avec opiniâtreté, les sionistes arriveront à faire entériner, par les vainqueurs de la seconde guerre mondiale, le but ultime de leur démarche idéologique : l’accaparement par la colonisation de la Palestine. Après avoir exclu violemment la majorité des autochtones (selon les historiens israéliens comme Beni Morris, Ilan Pappe…) à partir de la fin de l’année 1947, ils se rendent maîtres en 1948 de la terre convoitée pour créer l’Etat d’Israël. Ce faisant, ils allaient entacher leur triomphe, d’une manière indélébile, par un acte injustifiable politiquement et moralement : l’expulsion forcée de près de huit cent mille Palestiniens devenus en 2020 près de six millions de réfugiés apatrides à qui le régime sioniste israélien refuse tout espoir de retour sur la terre de leurs ancêtres d’où ils ont été arrachés : c’est la Nakba (catastrophe en Arabe).
UNE TERRE SANS HABITANT
Le sionisme politique, depuis Herzl son théoricien, n’a jamais caché qu’il ne tolèrerait pas, en Palestine, la présence d’un peuple concurrent, vivant conjointement avec le peuple juif, qui, pour cette idéologie, ne fait que revenir sur sa terre après un exil hypothétique de deux mille ans. L’utilisation mensongère, par les partisans de cette idéologie, de la formule « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » était pour eux la justification et la légitimation de leur acte de conquête coloniale. Le journaliste et écrivain israélien Ari Shavit, dans son livre « Ma Terre Promise, Israël, triomphe et tragédie » paru aux éditions Lattès en 2015 donne un aperçu précis de cet état d’esprit colonialiste, dans l’air du temps de la fin du dix-neuvième siècle jusqu’au milieu du vingtième, en décrivant la première visite de son grand père Bentwish (un aristocrate Britannique) en Palestine : « En Palestine, en 1897, il y a plus d’un demi-million d’Arabes, de Bédouins et de Druzes. Ce territoire compte vingt villes et bourgades et une centaine de villages. Alors, comment se peut-il que Bentwish, toujours pointilleux ne les remarque pas ? Comment ce Juif Anglais aux yeux d’aigle ne voit-il pas du haut de la tour de Ramla que cette terre est occupée ? Qu’un autre peuple occupe la terre de ses ancêtres ». Le questionnement de Ari Shavit explique en grande partie pourquoi les sionistes se sont empressés depuis 1947/1948 à détruire, à faire disparaître les villages palestiniens et à effacer leurs noms des cartes géographiques. Pourtant, ces comportements et ces actes destructeurs visant à nier l’existence du peuple palestinien vont se heurter, dès les premières implantations coloniales, à une réalité que quelques sionistes constateront et essaieront, pour certains, de détourner en leur faveur.
QUI SONT LES HABITANTS VIVANT EN PALESTINE ?
Le premier d’entre eux, Israel Belkind (1861-1929) est un des fondateurs du mouvement Bilouïm dont les objectifs sont les mêmes que ceux du sionisme qui lui succèdera ; il s’installe en Palestine en 1882 où il fondera la première école enseignant l’Hébreu et élaborera l’hymne israélien Hatikva. Cet érudit, sioniste convaincu, écrira en 1928 en Hébreu le livre « Les Arabes en Eretz Israël » dans lequel il remarque : « Il a déjà été prouvé, par le Major Condor, que les Arabes d’Israël (Palestine) savaient l’Araméen, la langue des Juifs au moment de la conquête arabe ». Il ajoute, avec assurance : « Les historiens de notre temps ont l’habitude de raconter qu’après la destruction du Temple par Titus, les Juifs se dispersèrent dans tous les pays de l’univers et cessèrent de vivre dans leur pays. Mais là, nous nous heurtons à une erreur historique qu’il est nécessaire d’écarter pour rétablir la situation exacte des faits ». Il précise pour confirmer que « les travailleurs de la terre restèrent attachés à leur terroir …et qu’une bonne partie des fils de notre peuple constituant une partie intégrale de nous-même et la chair de notre chair sont les descendants des Juifs convertis à l’Islam après la conquête ». Les preuves de ces affirmations (rapportées par Shlomo Sand dans son livre « Comment le peuple juif fut inventé ») résident en particulier dans les noms des sites hébraïques conservés, alors que les noms grecs et romains ont été effacés. D’autre part, un certain nombre de sépultures sacrées pour les indigènes, furent utilisées en commun par les Juifs et les Musulmans. La langue arabe vernaculaire est entremêlée de vestiges de dialectes hébraïques et araméens. Les habitants (palestiniens) se considèrent comme musulmans ou fellahs (laboureurs), tandis qu’ils définissent les Bédouins comme Arabes selon S. Sand (p. 258).
Un peu plus tard, le sioniste marxiste Borokhov allait lui aussi défendre la thèse selon laquelle « les fellahs du pays d’Israël (Palestine) sont les descendants directs des vestiges de l’implantation juive et cananéenne avec un léger complément de sang arabe » (S. Sand p. 259).
Le plus surprenant, dans la confirmation de cette thèse historique démontrant les liens ancestraux de la population palestinienne, présente sans interruption depuis des millénaires, avec ses ascendants juifs après leur conversion du Judaïsme à l’Islam, est relaté par deux éminents sionistes : David Ben Gourion considéré comme le père fondateur de l’Etat d’Israël et qui sera son premier Premier Ministre, et Yitzhak Ben Zvi qui a été le second président de cet Etat. Ensemble, ils ont écrit en 1918 « Eretz Israël dans le passé et dans le présent » à l’intention des nombreux Juifs de New York fraîchement immigrés et s`exprimant essentiellement en Yiddish. C’est pourquoi ce livre d’abord écrit en Hébreu a rapidement été traduit en Yiddish. Jusqu’à présent il n’a été traduit dans aucune autre langue ! Le but essentiel recherché par les deux jeunes chercheurs était de persuader les Juifs New-Yorkais du bien-fondé de la démarche sioniste : les Juifs retournaient en Palestine où la population autochtone est en grande partie d’origine juive bien qu’elle ait été majoritairement islamisée. Il fallait utiliser des arguments très convaincants historiquement pour gagner le soutien de la très riche et très nombreuse communauté juive de la plus grande ville du monde de cette époque. Comme l’indique S. Sand « les deux auteurs mettent en évidence à partir d’une recherche reposant sur une dizaine de milliers de noms que « tous les villages, les fleuves, les sources d’eau, les ruines, les vallées, les montagnes et les collines de Dan à Beer Sheva prouvent que la structure des concepts bibliques d’Eretz Israël s’était conservée dans sa vitalité ancienne dans la bouche des fellahs (laboureurs palestiniens) ». Pour eux, il ne fait aucun doute que les fellahs palestiniens sont bien, dans leur grande majorité, les descendants des cultivateurs juifs convertis à l’Islam par la force ou l’intérêt économique (impôts amoindris). Ils s’appuyaient sur un travail minutieux de préparation et les données statistiques ainsi que l’appareil bibliographique joint étaient assez impressionnants ». Cela explique le grand succès de ce livre en son temps. Yitzhak Ben Zvi dans une brochure en Hébreu parue en 1929 intitulée « Notre population dans le pays » va préciser ses convictions en indiquant que « l’origine de la plupart des fellahs ne remonte pas aux conquérants arabes mais bien avant eux, aux fellahs juifs qui peuplaient majoritairement le pays avant la conquête de l’Islam ». Relevés par deux personnalités qui ont passé leur vie à œuvrer farouchement pour la création de l’Etat d’Israël, ces éléments historiques, aujourd’hui volontairement ensevelis donc peu connus du grand public, sont captivants et interrogent sur le fait qu’ils n’ont pas été diffusés. D’un autre côté, il est trivial d’affirmer que la population palestinienne a pour origine la souche juive en place à l’arrivée de l’Islam et qu’elle s’y est convertie au fil du temps. Après tout, les Gaulois se sont convertis au christianisme et personne ne remet en cause leur origine celte ou autre qui constitue une des souches ethniques originelles du peuple aujourd’hui dénommé Français.
D’autres sources en hébreu ou en anglais abondent pour étayer la thèse de la continuité ethnique entre laboureurs juifs et fellahs palestiniens. L’industriel israélien du logiciel, devenu historien, Tsvi Misinaï, travaille sans relâche à la démonstration de cette thèse qu’il a exposée dans son livre en anglais « L’engagement ». Pour lui, quatre-vingt-dix pour cent des Palestiniens ont des origines juives, et cinquante pour cent d’entre eux le savent.
FALSIFICATION DE L’HISTOIRE PAR LES SIONISTES
Les sionistes, qui avaient défendu la thèse présentant les Palestiniens comme les descendants des Juifs anciens, espéraient qu’ainsi, les autochtones de Palestine forts de ce lien ancestral avec les nouveaux arrivants sur leur terre, allaient les accueillir « les bras ouverts ». Or, ces autochtones se sont vite rendu compte de la menace colonialiste que faisait peser sur eux, l’arrivée de plus en plus massive de ces juifs européens guidés par l’idéologie sioniste. C’est ainsi que s’expliquent, en partie, les grandes révoltes palestiniennes de 1929 et de 1936 à 1939 réprimées férocement par l’occupant britannique assisté de la Haganah. Les sionistes vont alors réfuter et mettre de côté les caractéristiques historiques du peuple palestinien pour s’en tenir aux fondements de leur idéologie : les Palestiniens sont étrangers à la terre de Palestine et surtout ils n’existent pas sur cette terre vide d’habitant qu’il faut faire revivre… Les contradictions flagrantes de ces mythes fabriqués par la propagande sioniste, n’allaient pas empêcher le déroulement impitoyable du cours de l’histoire au détriment des Palestiniens. Cependant, comme l’écrit Joseph Massad dans son livre « La persistance de la question palestinienne » : « Il est ironique et particulièrement scandaleux pour le sionisme de découvrir que le jeune David Ben Gourion postulait, dès 1918, que les paysans palestiniens étaient les authentiques descendants des Juifs restés en Palestine et qu’en dépit de la conquête islamique, ces paysans avaient maintenu les traditions de leurs ancêtres hébreux notamment, en conservant le nom de leurs villages ».
Ce qui précède explique en grande partie pourquoi la politique du gouvernement sioniste israélien consiste, encore aujourd’hui et depuis l’avènement de son idéologie mortifère, à nier l’existence du peuple palestinien et à détruire toutes les preuves qui vont à l’encontre de ces affirmations. Pour lutter contre cette tentative d’effacer l’histoire véritable de cette contrée, une ONG israélienne (Decolonizer) s’emploie à faire l’inventaire des vestiges existentiels de ce peuple menacé de nettoyage ethnique. Villages détruits, population déplacée, effacement des noms de lieu, politique d’apartheid… caractérisent cette tentative de faire disparaître un peuple témoin de l’aventure de l’humanité.
Ce qui apparaît particulièrement odieux et injuste dans le traitement des Palestiniens par les sionistes, réside dans l’argumentaire que ces derniers utilisent pour justifier leur colonisation, lorsqu’ils prétendent revenir sur leur terre d’où ils seraient originaires après l’avoir quittée, il y a deux mille ans. En admettant cela (alors que les Ashkénazes sont issus en partie des Khazars convertis au judaïsme et que les Sépharades ont pour ascendants les Berbères d’Afrique du Nord[i]) force est de constater qu’ils viennent à la rencontre et rejoignent ceux qui sont demeurés sur place pendant plus de deux mille ans, « leurs frères » sans équivoque ! Inévitablement le désir de retour des uns va se heurter frontalement à la volonté de continuer à vivre sur place des autres puisqu’il s’agit d’occuper la même terre. C’est la première fois dans l’histoire qu’un groupe humain, aveuglé par ses prétentions colonialistes (mais motivé par les atrocités racistes qu’il subit dans les pays européens où il réside) s’en prend à une population au nom d’une origine qui leur est commune mais que cette histoire met en question.
SIONISME FRATRICIDE
David Ben Gourion qui a passé toute sa vie à lutter pour édifier l’Etat d’Israël a écrit ce livre où il montrait avec son compagnon de lutte Yitshak Ben Zvi que les Palestiniens avaient pour la plupart des origines juives. Cela explique la déclaration qu’il fait devant une commission britannique en 1937 : « Tous les habitants de la terre d’Israël sans distinction sont les fils de cette terre et ils ont dans le pays des droits égaux, non seulement en tant que citoyens mais en tant que fils de la terre qu’ils habitent »[ii]. Pourtant .il mènera d’une main de fer l’expulsion et la dépossession planifiées des Palestiniens transformés, en majorité, en réfugiés perpétuels dans des territoires jouxtant ceux de l’Etat d’Israël !
Après ce forfait, « L’œil n’est-il pas dans la tombe et regarde Ben Gourion ? » (Victor Hugo, La Conscience, poème qui relate l’histoire biblique des frères Abel et Caïn).
H.Mokrani, Décembre 2020
[i] Marc Ferro, Les tabous de l’histoire, Nil Eds 2002 ; Arthur Koestler, La treizième tribu, Edit. Tallandiers 2008 ; Julien Cohen-Lacassagne, Berbères Juifs, Edit. La Fabrique 2020
[ii] David Ben Gourion, Journal 1947-1948, Editions de la Matinière 2012