INJUSTICE EN PALESTINE

Textes de Habib Mokhrani

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9. Israël, start-up exemplaire

«L’histoire devrait passer aux aveux» (Michelet)

Il est indéniable que l’innovation technologique et culturelle qui bat son plein en Israël, ne cesse d’étonner le monde entier et de sidérer tous les «Moyen-Orientaux» qui en sont encore au stade de peuples en voie de développement, selon la formule consacrée. Mais d’où vient cette si grande différence de situation, économique, sociale, militaire?

On pourrait penser que, occupant la Terre Sainte, les Israéliens bénéficient des faveurs du ciel! Mais alors pourquoi les Palestiniens, originairement juifs devenus successivement chrétiens puis majoritairement musulmans, vivant sur cette même terre depuis des siècles et des siècles n’en profitent-ils pas autant que leurs voisins venus d’Europe pour les coloniser? Tout cela nous semble bien difficile à éclaircir et à expliquer. D’autres auraient affirmé que les voies du Seigneur sont parfois inaccessibles. La connaissance de l’Histoire, dit-on, peut aider à comprendre le présent. Examinons, dans les grandes lignes ce qui s’est passé sur cette terre, aux uns promise et aux autres enlevée.

La spoliation des terres sous l’occupation britannique

Dés la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, fuyant les pogroms et une maltraitance raciste sans cesse renouvelée, des Juifs d’Europe centrale et de Russie tsariste s’installent en Palestine Ottomane sur des terres achetées et financées par la diaspora et en particulier par les richissimes banquiers de la famille Rothschild. Le Royaume-Uni qui occupe militairement la Palestine depuis 1917, consacre juridiquement les implantations juives en promulguant la fameuse Déclaration Balfour que les sionistes estiment être le feu vert à la réalisation de leur formidable projet de création d’un Etat Juif sur la terre où vivent les Palestiniens. Tout cela est profondément bouleversant et va contribuer à la colonisation accélérée et organisée par les sionistes pour qui la population indigène n’existe pas… celle-ci va réagir brutalement en se rebellant contre l’accaparement des terres par les sionistes. Cette rébellion des Palestiniens va obliger les Britanniques à freiner l’afflux d’immigrants juifs dès 1936.

La manne financière de la RFA

En Août 1933, pour contourner les obstacles mis en place par les Britanniques afin de délimiter l’immigration juive en Palestine, les sionistes vont se montrer très créatifs: ils vont signer avec les nazis, d’une manière insolite et inattendue, un contrat de transfert (Haavara) qui permettra à plusieurs dizaines de milliers de riches Juifs Allemands de s’installer en Palestine en y amenant leurs capitaux et leur savoir-faire. L’économie locale va progresser très rapidement en qualité et en quantité sans pour cela améliorer la vie de la majorité des Palestiniens car les sionistes veillent à ce que les nouveaux investissements profitent avant tout à leurs partisans. Cette nouvelle assise va renforcer l’Agence Juive, qui constitue le proto-gouvernement sioniste en Palestine, qui va ainsi moderniser son environnement socio-économique. Deux ans après la fin de la deuxième guerre mondiale et la découverte de l’horreur de la Shoah, les grandes puissances sous pression politique et morale des sionistes vont faire voter par l’ONU la partition de la Palestine. Toujours pragmatiques et innovateurs, les sionistes proclament la création d’Israël le 15 Mai 1948 tout en expulsant manu militari les Palestiniens de leur terre ancestrale (prés de 750’000 d’entre eux perdront leurs foyers et leurs terres agricoles[i]). Dés 1952, ils vont négocier, avec la RFA, un accord financier en dédommagement pour les crimes contre l’humanité commis par le régime nazi durant la deuxième guerre mondiale. La manne financière que va récupérer l’Etat israélien va jouer un rôle décisif pour la prospérité et le renforcement de la puissance de cet Etat qui en a bien besoin pour mener ses guerres d’extension territoriale. Pour ce faire, l’alliance avec la France va le doter de l’armement (chars, avions… bombe atomique) qui lui assurera la suprématie définitive sur ses ennemis de la région.

Le soutien technologique de la France

L’inventivité du sionisme est débridée et va se manifester dans un domaine très peu connu du grand public! En 1956, Nasser l’Egyptien ose nationaliser le canal de Suez: la France et le Royaume-Uni décident de le punir en associant Israël à l’expédition militaire planifiée. Pour des raisons diplomatiques, les Israéliens, se sentant menacés par le nationalisme arabe, seront les premiers à intervenir militairement mais ils estiment qu’ils courent un risque international énorme; c’est pourquoi ils vont demander aux Français une compensation: leur aide pour fabriquer la bombe atomique. Guy Mollet, le Premier Ministre Français accepte le marché! C’est ainsi que les sionistes ont introduit l’arme nucléaire en Terre Sainte. Comme nouveauté technologique, chacun l’appréciera à sa juste valeur!

Apports financiers des USA et de l’Europe, apport humain de la Russie

Financements, investissements des USA, de l’AIPAC, des puissants évangélistes US, de l’Europe vont stimuler la créativité des Israéliens. Il apparait qu’Israël, après vingt ans d’existence, a reçu plus d’aide financière que les montants attribués par le plan Marshal destinés à la reconstruction de l’Europe détruite durant la deuxième guerre mondiale[ii]. L’apport humain n’est pas en reste: l’exemple le plus probant est celui de l’émigration de citoyens Russes à partir de 1990. Selon Josette Alia dans son livre «Etoile Bleue, Chapeaux Noirs», 800’000 juifs russes se sont installés en Israël et ont constitué un apport qualitatif décisif pour la nation start-up et en particulier pour la «Shalom Valley». Tous les domaines économiques sont concernés: l’agriculture, la biologie, l’informatique et surtout le domaine militaire (drones, armement léger anti-guerrilla…) dans lequel les industriels Israéliens se targuent qu’ils testent leurs produits en réel (Gaza, en particulier, constitue un champ d’expérimentation idéal). Peu importe le nombre de victimes humaines, ils savent qu’ils ne seront jamais poursuivis, leurs protecteurs veillent à ce que cela ne se produise pas et que les résolutions onusiennes ne seront jamais appliquées.

L’année 2018 a vu surgir sur le terrain un couple homme/machine à l’efficacité infernale. Les cibles visées et atteintes sont multiples: enfants, adultes de tout âge, journalistes… qui manifestent pour un retour à la maison (comme tout un chacun le ferait s’il en était empêché) le long de la «frontière» qui sépare Gaza d’Israël. Ce couple issu de la technologie et du savoir-faire israéliens a provoqué la mort de 190 personnes et en a blessé des milliers. Ces gens, désarmés, ont été atteints avec une précision diabolique par des groupes issus de la créativité et de l’innovation sionistes spécialement armés et entrainés: LES TUEURS D’ELITE!!!

H.Mokrani, octobre 2020


[i] Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, février 2015

[ii] Roger Garaudy, L’affaire Israël, page 177, Papyrus éditions, mars 1983

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8. Rapprochement douteux arabo-israélien: déni des Palestiniens

«L’histoire devrait passer aux aveux» (Michelet)

Les médias annoncent depuis le 15 Septembre 2020, un accord de paix entre les Emirats Arabes Unis (EAU), Bahreïn et Israël. Lorsqu’il s’agit de paix entre Etats qui s’estiment être en guerre, on ne peut que s’en réjouir et encourager les belligérants à abandonner définitivement tout recours aux armes dévastatrices. Tout rapprochement entre peuples par l’échange et le dialogue ne peut être considéré que positivement!

Cependant, lorsque cela se produit au détriment d’un autre peuple, alors apparaissent les limites d’une tractation dont l’ambition serait d’instaurer la paix et la coexistence entre belligérants affirmés. Cette situation s’est déjà vérifiée au cours de l’histoire contemporaine. Le meilleur exemple étant la création d’Israël au détriment du peuple palestinien.

Changement de direction

L’administration américaine qui parraine cet accord le qualifie d’historique par la voix de son Président, Mr. Trump. En effet, régler un différend par la négociation et la diplomatie est peu courant dans cette région du Moyen-Orient où la violence l’emporte sur le dialogue. Alors qu’une nouvelle annexion d’une partie du territoire palestinien était à l’ordre du jour de l’Etat sioniste, cette évolution surprenante des alliances nous interpelle. Remarquons que, à notre connaissance, les trois Etats signataires de cette paix imaginaire ne se sont jamais confrontés sur un champ de bataille. Aucune action armée entre eux n’a été engagée depuis la création d’Israël en 1948. Les seuls qui subissent les atroces méfaits du colonialisme sioniste sont les Palestiniens qui, à leur tour ont réagi violemment à la violence qu’ils subissaient. Au risque de paraître endosser le rôle de Cassandre ou de rabat-joie, il faut bien rappeler que ce sont eux qui constituent la partie principale soumise depuis plus de cent ans, à la guerre d’agression et d’occupation des sionistes et des Britanniques, leurs ‘complices’, et qui ne sont ni consultés ni partie prenante de cette nouvelle parodie de paix.

Pourquoi ce changement ?

De toutes autres motivations que la recherche d’une juste solution au problème des Palestiniens, sans laquelle la paix ne sera jamais atteinte, sont à l’origine de cette mise en scène! En premier lieu, Mr. Trump cherche à redorer son blason pour tenter d’attirer le plus grand nombre de voix possible et ainsi assurer sa réélection à la présidence des Etats-Unis en faisant croire à un succès probant de sa politique au Moyen-Orient. Son fumeux «deal du siècle» (proposition d’un plan de paix totalement déséquilibré) ayant lamentablement échoué, il essaie de camoufler ce manque de réussite par un show diplomatique appuyé par ses alliés (d’autant plus que l’initiative de Mr. Trump pour aboutir à un accord avec la Corée du Nord sur le nucléaire s’est soldée également par un échec retentissant). En second lieu, la signature par les EAU répond au besoin de cet Etat d’obtenir une protection sûre contre les velléités de l’Iran en s’attirant les bonnes grâces d’Israël qui, à cette occasion, lèverait son véto sur la vente d’armes les plus sophistiquées (en particulier des avions de chasse F35) par les Etats-Unis à cet Emirat. Soulignons que seules des préoccupations qui leur sont propres ont amené ces Etats à s’entendre sans prendre en compte la cause palestinienne qui constituait le fondement de leur mésentente. «Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts »!

«Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts »!

Conséquences pour les Palestiniens

Les Palestiniens, pour survivre dans leurs camps de réfugiés gérés par l’UNRWA, à Gaza transformé en prison à ciel ouvert et en Cisjordanie occupée, reçoivent des subsides financiers de la part de leurs riches coreligionnaires du Golfe persique dotés d’importantes rentes pétrolières. Au total, prés de 11 millions de personnes vivent dans des conditions atroces depuis le nettoyage ethnique que leurs ascendants ont subi, perpétré par les sionistes pour créer l’Etat d’Israël en 1948. Malgré leurs souffrances et leur cloisonnement, l’histoire des Palestiniens depuis l’avènement de la Nakba montre que ce peuple est plutôt contenu et combattu que réellement soutenu dans le combat qu’il mène pour se libérer du joug colonialiste des sionistes. Cette situation est engendrée par une sorte de connivence qui s’est forgée entre les Etats féodaux de la région et Israël.

Pour les premiers les Palestiniens représentent un danger mortel pour leurs régimes archaïques: ils sont républicains et dotés d’institutions élues démocratiquement, même si leur fonctionnement n’a rien d’idéal.

Pour les Israéliens (malgré les immenses moyens fournis par les Etats-Unis et l’Europe), ce peuple qu’ils n’arrivent pas à détruire et dont, en même temps, ils dénient l’existence, constitue, assurément, un fardeau psychologique très lourd à assumer quand bien même ils évitent d’en discuter publiquement[i].

Le potentiel révolutionnaire des Palestiniens représente une menace, aussi bien pour les sionistes que pour les sultanats, émirats et royaumes régionaux. Le combattre ensemble constitue donc un élément stratégique d’entente et de mise en commun de moyens matériels, financiers et humains d’autant plus que ces nouveaux amis se disent menacés par le même ennemi, l’Iran qui s’est vu renforcé par l’Irak chiite que les Etats-Unis ont fait émerger par leur intervention irresponsable dévastatrice.

…les pays du Golfe veulent à tout prix obtenir les moyens de leur défense auprès des USA, mais ils savent très bien qu’ils ne pourront jamais les obtenir sans l’aval des influents lobbies pro-israéliens…

Obnubilés par la menace iranienne, les pays du Golfe veulent à tout prix obtenir les moyens de leur défense auprès des USA, mais ils savent très bien qu’ils ne pourront jamais les obtenir sans l’aval des influents lobbies pro-israéliens qui veillent sur la politique étrangère des Etats-Unis[ii]. Voilà donc une solide motivation pour révéler au grand jour une politique de coopération déjà bien en place depuis plusieurs années dans les domaines de la sécurité et du renseignement.

Il est clair que tout le tapage médiatique autour de cette affaire tend à renforcer la marginalisation des Palestiniens dont le triste sort n’est pas seulement soumis au colonialisme sioniste mais aussi malheureusement à l’opposition de certains pays arabes qui voient en eux des troublions remettant en cause implicitement l’état social dans lequel ils somnolent. Il suffit de rappeler que le royaume de Jordanie a tenté de détruire la force combattante des Palestiniens en massacrant, en Septembre 1970, plusieurs milliers de résistants qu’ils trouvaient trop encombrants! Aujourd’hui les forces armées égyptiennes participent au blocus de Gaza avec autant d’acharnement que les forces sionistes.

Opportunité pour les Palestiniens

Pour les Palestiniens qui ont évidemment entériné le fait que leur salut ne viendra pas de régimes politiques hostiles, cette situation créée par le forcing spectaculaire des Américains, représente cependant une opportunité pour se dégager de la tutelle de ceux qui font mine de les aider à retrouver la dignité à laquelle ils aspirent légitimement. Ils l’ont si bien compris qu’ils organisent de plus en plus à travers des associations civiles leurs activités citoyennes et leur lutte pacifique pour reconquérir leur liberté. Le mouvement BDS (Boycott – Désinvestissement – Sanctions), lancé par des associations palestiniennes, apparaît aujourd’hui comme l’instrument de lutte pacifique le plus efficace pour gagner le soutien de la société civile dans le monde. Il est vital que le soutien à cette démarche s’accentue et s’étende pour aboutir, comme le mouvement de lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, à instaurer la liberté et la justice en Palestine. Pour atteindre cet objectif, la mobilisation massive de tous ceux qui aspirent à la justice et à la paix est de plus en plus nécessaire.

Le peuple palestinien ne disparaîtra pas: «on n’efface pas l’histoire avec une gomme»

Le fait d’ignorer les droits légitimes du peuple palestinien n’est pas nouveau dans l’histoire tumultueuse de ce peuple. La Déclaration Balfour de 1917, la division arbitraire de la Palestine par l’ONU en 1947, en sont les épisodes les plus marquants et les plus tragiques. Le déni d’histoire de ce peuple, le déni de sa dépossession en sont les illustrations actuelles entretenues par les médias les plus importants dont le soutien au sionisme est sans limite. Ces attitudes sont diamétralement opposées et vont à l’encontre des valeurs démocratiques proclamées, en particulier en Occident (autodétermination, application du droit international, justice…) sur lesquelles se fondent les démocraties. Par leur silence qui confère à une complicité active, ces «démocraties» apportent leur caution au colonialisme et à l’apartheid, confirmée dans leur loi, aux sionistes israéliens sans tenir compte que cette manière de traiter l’affaire palestinienne symbolise la remise en cause de toutes ces valeurs sans lesquelles la loi de la jungle est appelée à régner. La barbarie dont font preuve tous les jours les sionistes en Palestine où un nettoyage ethnique sévère a permis la fondation de leur nouvel Etat (légitimé et justifié en premier lieu par les innommables crimes nazis), porte en elle, par l’exemple, le germe de la destruction lente et inexorable de l’édifice du droit international laborieusement mis en place pendant des décennies et dont le but ultime est de supprimer l’injustice telle celle que subit le peuple palestinien.

H.Mokrani, octobre 2020


[i] Thomas Vescovi: Israël hanté par la Nakba, in: Le Monde Diplomatique, mai 2018

[ii] John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt: LE LOBBY PRO-ISRAELIEN ET LA POLITIQUE ETRANGERE AMERICAINE, La Découverte, 2009

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7. La Déclaration Balfour, le voile levé

« L’histoire devrait passer aux aveux » (Michelet)

La Déclaration Balfour (D.B.), est le document historique par lequel l’empire britannique, le plus puissant des empires de  cette époque, s’engage, en 1917, à fournir au mouvement sioniste, un « foyer national pour le peuple Juif  en Palestine ».

Ce document va constituer le prélude à la tragédie des Palestiniens qui, ignorés, n’ont pas été consultés alors que cette promesse concerne la terre sur laquelle ils vivent depuis des millénaires.

Pourtant, le principe du droit des peuples à l’autodétermination figurant parmi les 14 points énoncés par W.Wilson, président des Etats Unis vient d’être consigné dans la charte de la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU. Le mot célèbre du philosophe allemand Nietzsche : « Dieu est mort », caractérise bien cette situation où des hommes, imbus de leur puissance, vont bafouer le système de valeurs qui régit leur existence en lui donnant un sens, afin de faire aboutir leur ambition démesurée de conquête et de domination.

Ainsi, par simple déclaration d’un tiers, le droit universellement reconnu qui permet à une population de vivre sur la terre de ses ancêtres qu’il occupe et exploite depuis des millénaires, est bafoué, nié au profit d’un autre groupe humain lequel, au nom d’un récit mythique, se proclame héritier de cette même terre d’où il aurait été expulsé, il y a deux mille ans. Arthur Koestler le résumera ainsi : « Une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième … »

« Une nation a solennellement promis à une seconde le territoire d’une troisième … »

Arthur Koestler

Cette intervention des Britanniques va entrainer des bouleversements, des drames, des affrontements, des guerres qui condamnent les Palestiniens à vivre, encore en 2020, dans des camps de réfugiés et sous le joug colonialiste des sionistes.

Qu’est-ce qui a rendu possible un engagement aussi compromettant de la Grande Bretagne ?

Une autre vérité historique

L’empire britannique avait-il tant besoin d’un allié sûr pour surveiller la route des Indes, le canal de Suez, cette voie vitale pour leur commerce colonial, comme le prétendent ses partisans qui tentent d’expliquer l’inexplicable comportement de cet empire ? Certainement pas puisque les Britanniques occupaient à ce moment-là l’Egypte où se trouve ce fameux canal et y entretenaient une armée puissante.

Les Britanniques avaient-ils besoin d’un Etat qui leur serait redevable pour surveiller un territoire proche, à savoir la Mésopotamie qui comprend l’Irak, riche en pétrole devenu vital pour leurs forces navales, nouvellement converties au moteur Diesel pour assumer la continuité de leur suprématie sur les mers ? Certainement pas puisque les Arabes, leurs alliés, soumis et dépendants de leur aide financière et militaire, allaient les aider à combattre l’empire ottoman qui, vaincu sera dépecé entre les vainqueurs.

Tous ces arguments prétendument rationnels énoncés par les analyses historiques durant plus d’un siècle pour justifier le don de la Palestine aux sionistes en 1917, forment un voile opaque qui cache une toute autre vérité historique dont les témoignages n’apparaissent que dans des écrits spécialisés, hors de portée du grand public mais destinés à une élite autoproclamée.

L’un des premiers indices, remettant en cause cette vaste usurpation de la vérité sur le pourquoi et le comment de l’élaboration de la D.B., apparait dans un livre relatant l’histoire des négociations du Traité de Versailles qui clôt la première guerre mondiale.

Dans le volume 6 p.173 de cette « Histoire de la Conférence de la Paix à Paris », le professeur H.M.V. Temperley écrit : « La Déclaration Balfour était un contrat définitif entre le gouvernement britannique et les Juifs ».

« La Déclaration Balfour était un contrat définitif entre le gouvernement britannique et les Juifs »

H.M.V. Temperley

Or, dans tout contrat, les deux parties échangent, en principe, un tribut jugé de valeur équivalente. Celui des Britanniques aux sionistes est explicite : « un foyer national en Palestine  ». Celui des sionistes aux britanniques n’est pas mentionné.

Pour obtenir de la plus grande puissance mondiale, un territoire où vivent majoritairement les Palestiniens musulmans chrétiens et juifs, les sionistes devaient en payer le prix. C’est ce prix, rarement évoqué directement depuis  la divulgation de la D.B., qui reste à découvrir !

Le prix d’un foyer national en Palestine

Samuel Landman , dirigeant sioniste londonien, proche de Chaïm Weizman, publie en 1936, une brochure où il explique comment le gouvernement britannique et les sionistes ont abouti à la D.B.

Il affirme notamment que « la seule façon d’inciter le Président Américain à s’impliquer dans la guerre était d’assurer la coopération des Juifs sionistes, en leur promettant la Palestine et ainsi d’obtenir et de mobiliser les puissantes forces insoupçonnées des Juifs d’Amérique et d’ailleurs, au service des alliés sur la base d’un contrat de réciprocité » (1).  Dans sa brochure, Landman révèle le rôle joué par James Aratoon Malcolm, d’origine arménienne, qui a été le véritable initiateur auprès de Mark Sykes, le sous-secrétaire du Conseil de guerre britannique, de l’idée de faire appel aux sionistes pour entrainer les USA dans la guerre pour soutenir les alliés contre l’Allemagne. Cela se passe fin 1916 lorsque les Alliés se trouvaient dans une situation désespérée, à bout de ressources et avaient un besoin urgent d’aide que seuls les USA étaient en mesure de leur fournir.

J.A. Malcolm a écrit un texte en 1944, remis au British Museum dans lequel il décrit avec précision comment, à Londres, les dirigeants sionistes et le Cabinet de guerre sont parvenus à un accord tacite : les sionistes d’Angleterre s’engageaient à mobiliser les sionistes américains,  alors dirigés par le juge à la Cour Suprême Louis Brandeis, ami intime et conseiller du Président W.Wilson, pour les gagner à la cause des alliés et inciter ainsi le gouvernement américain à les aider dans leur effort de guerre contre l’Allemagne. En retour, les sionistes recevaient l’assurance du gouvernement britannique qu’il les aiderait à obtenir la Palestine.

Ce récit (2) est fascinant car il remet en cause les fondements de la D.B. tels qu’ils sont habituellement présentés.

La participation de J.A.Malcolm est bien sûr controversée, remise en cause et surtout niée par les sionistes qui y voient une  preuve de machination. Par exemple, Chaïm Weizman, premier président d’Israël, n’y fait pas allusion dans ses mémoires ! Philippe Simonot, dans « Le siècle Balfour, 1917-2017 » traite avec ironie l’écrit de Samuel Landman en le qualifiant de « complotiste » tout en occultant complètement mais peut-être par ignorance, l’activisme pro-sioniste de J.A.Malcolm.

Pourtant, l’action de ce dernier a reçu une confirmation irréfutable de la part du biographe officiel de Lloyd George, premier ministre du Royaume Uni en 1917, Malcolm Thomson.

Ce dernier, dénonce, dans deux lettres, adressées au journal londonien de référence « The Times » parues le 22.07.1949 et le 02.11.1949, le fait que Chaïm Weizman, dans ses mémoires, a oublié ou occulté l’intervention primordiale de J.A.Malcolm (6). Ces deux lettres sont d’une valeur historique incontestable étant donnée l’importance des faits rapportés qui vont ouvrir la voie à la création de l’Etat sioniste israélien.

Les sceptiques qui mettent en doute ces faits devraient se référer à la thèse éditée par l’Université Brandeis aux Etats Unis et qui a pour titre : « L’Activisme sioniste de J.A.Malcolm » (3).

Afin de réfuter définitivement les accusations de « complot » si ce n’est d’antisémitisme qui tendent à camoufler les méthodes que les sionistes ont utilisées pour s’accaparer de la Palestine, rappelons ce que David Ben Gourion a écrit en 1939 : « L’Amérique a joué un rôle décisif durant la première guerre mondiale et les Juifs Américains ont une considérable part dans la réalisation de la Déclaration Balfour » (4).

L’épisode Gibraltar

Lorsqu’il  s’agit  de défendre leurs intérêts primordiaux et d’atteindre l’objectif principal fixé par leur idéologie, s’accaparer de la Palestine, les sionistes n’hésitent pas à user de leur influence quasi illicitement… comme le montre l’épisode « Gibraltar », très peu rapporté et pratiquement inconnu.

En Juin 1917, le président W.Wilson confie à l’ancien ambassadeur américain en Turquie, Morgenthau, juif et non sioniste, une mission secrète pour tenter de faire conclure une paix séparée à ce pays et le détacher ainsi de son allié, l’Allemagne. Le juge Brandeis, de la cour suprême, l’apprend et en avertit Chaïm Weizman tout en réussissant à associer le juge Félix Frankfurter  à cette mission. Rappelons que ces deux juges faisaient partie encore des dirigeants sionistes aux USA, clandestinement car depuis leur nomination, ils auraient dû quitter toute activité politique. Chaïm Weizman se rend immédiatement compte du danger, pour le mouvement sioniste, de cette démarche pour la paix : si la Turquie signe une paix séparée, la Palestine ne pourra être revendiquée par la Grande Bretagne comme part du butin de dépeçage de l’empire ottoman et ne pourra donc pas signer de déclaration qui lui octroie ce territoire. Chaïm Weizman en discute avec J. Balfour. Celui-ci ne peut intervenir directement, sans prendre le risque d’un incident diplomatique entre le gouvernement britannique et les Américains. En effet, il risquerait de froisser les Américains, devenus leur allié, depuis leur entrée en guerre, en Avril 1917, car Wilson tient particulièrement à cette négociation séparée avec les ottomans, pour juguler le massacre des Arméniens chrétiens par les Turcs.

C’est donc Chaïm Weizman qui est chargé d’intercepter à Gibraltar, Morgenthau, en route pour le Proche Orient et le dissuader d’accomplir sa mission.  Habile et diplomate efficace, C. Weizman réussit à convaincre Morgenthau de ne pas aller jusqu’au bout de la mission que lui a confié son gouvernement.

Cet épisode historique qui se déroule, le 04. 07.2017 est rapporté par William Yale dans un article en Anglais, intitulé « Ambassador Henry Morgenthau’s special mission of 1917 ». Il y relate ce que lui apprend C. Weizman, lors d’une traversée commune de la Méditerranée en 1920, à savoir que pour décider Morgenthau à abandonner sa mission, il l’avait « menacé au nom de l’Organisation sioniste car le plan de cette mission était contraire à celui des sionistes ». Ainsi, comme le souligne Yale, trois personnes car Weizman était accompagné par Weyl, un sioniste français, ont réussi à faire échouer une mission spéciale de paix du gouvernement américain.

Par cette intervention, le sionisme démontrait comment et combien il peut influencer la politique étrangère d’un Etat. Ce prélude prémonitoire annonce l’ère des lobbies pro-israéliens dont la puissance et la nuisance ne sont plus à démontrer (5).

Habib MOKRANI,  08. 05. 2020

Références:
  1. Great  Britain, the Jews and Palestine, By Samuel Landman, first published by the New Zionist Press, 1936
  2. Origins of the Balfour Declaration, Dr Weizman’s Contribution
  3. Halabian Martin H.( 1962) : The Zionism of James A. Malcolm, Armenian patriot ; Msc Other Thesis, Brandeis University, Dpt of Near Eastern and Judaic Studies
  4. Cité par Alison Weir dans son remarquable  livre « Against our Better Judgment. The hidden history of how the US was used to create Israël ».
  5. LE LOBBY PRO-ISRAELIEN ET LA POLITIQUE ÈTRANGÈRE AMÈRICAINE,  John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt
  6. Traduction de la lettre de Malcolm Thomson (biographe de Lloyd George, Premier Ministre Britannique en 1917) au Times de Londres, le 02.11.1949

            

LA DECLARATION BALFOUR

              A l’Editeur du Times

Monsieur,

La promulgation de la Déclaration Balfour par le Cabinet de Mr Lloyd George en Novembre 1917, a été un remarquable évènement dans l’histoire du monde, car il a ouvert la voie pour l’établissement du nouvel Etat d’Israël. Ce trente-deuxième anniversaire de cette déclaration semble une bonne occasion pour traiter brièvement de certains faits liés à son origine qui ont fait l’objet récemment d’enregistrement incorrect. Lorsque j’ai écrit la biographie officielle de Lloyd George, j’ai eu l’occasion d’étudier des documents originaux  relatifs à  cette question. De ces documents, il apparaissait clairement que, bien que certains membres du Cabinet de 1916 et 1917 éprouvaient de la sympathie pour les aspirations sionistes, les efforts des dirigeants sionistes pour obtenir une promesse ou le soutien du Gouvernement Britannique s’étaient avérés plutôt sans effet, et l’accord secret Sykes-Picot avec les Français pour le partage des sphères d’influence au Moyen-Orient semblait remettre en question les objectifs sionistes. Pourtant, un changement d’attitude était en train de se produire porté par l’initiative de Mr. James A. Malcolm qui avait exposé à son Excellence Mark  Sykes, alors Sous-secrétaire du Cabinet de guerre, la thèse qu’une offre des alliés pour rendre la Palestine aux Juifs ferait basculer, des Allemands vers le côté allié, l’influence très puissante des Juifs Américains y inclus le Juge  Brandeis, l’ami et conseiller du Président Wilson. Sykes était intéressé et à sa demande, Malcolm lui présenta le Dr. Weizmann et les autres dirigeants sionistes. Les négociations s’ouvrirent pour aboutir à la Déclaration Balfour.

Ces faits, à un moment ou à un autre, ont été mentionnés dans de nombreux livres et articles. Ils ont été publiés par le Dr. Adolf Boehm dan sa monumentale histoire du Sionisme, « Die Zionistische Bewegung », Vol.1.p. 656. C’est pourquoi, j’ai été très surpris de découvrir dans l’autobiographie du Dr. Weizmann « Trial and Error », qu’il n’avait fait aucune mention de l’intervention crucialement importante de Mr. Malcolm. Il va même attribuer sa présentation à Mark Sykes au feu Dr Gaster. Comme les futurs historiens pourraient anormalement  ne pas supposer que l’attitude du Dr. Weizmann est authentique, j’ai contacté Mr. Malcolm qui a confirmé ce que j’ai rapporté, et que d’autre part , il possédait une lettre que le Dr. Weizmann lui avait écrit le 5 Mars 1941 pour lui dire : « Vous serez intéressé de savoir qui’l y a quelques temps, j’ai eu l’occasion d’écrire à Mr Lloyd George en ce qui concerne votre initiative utile et opportune en 1916 qui a lancé les négociations entre moi-même, mes collègues sionistes et son Excellence Mark Sykes et d’autres au sujet de la Palestine et du soutien de la cause des alliés en Amérique et autre part ».

Il n’y a pas de doute que des motifs complexes ont conditionné la Déclaration Balfour incluant des considérations stratégiques et diplomatiques et aussi de la part de Balfour, Lloyd George et Smuts une véritable sympathie pour les buts sionistes. Mais, le facteur déterminant a été l’intervention de Mr. Malcolm dont l’arrangement  par une telle concession entrainait le soutien des sionistes américains à la cause des Alliés pendant la première guerre mondiale.

           MALCOLM THOMSON, Hampstead 

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6. Vallée du Jourdain, menace sioniste

« L’histoire devrait passer aux aveux » (Michelet)

Cette vallée fait partie de la Cisjordanie occupée par l’armée sioniste depuis 1967 et désignée sous le terme de Territoire Palestinien Occupé (TPO). Malgré la résolution 242 votée la même année par le Conseil de Sécurité de l’ONU exigeant le retrait des territoires conquis par la force, l’Etat sioniste continue de coloniser ce territoire sur lequel vivent plusieurs millions de Palestiniens soumis aux lois militaires de l’occupant.

Pourquoi donc s’étonner, s’interroger sur cette volonté d’annexion qui représente l’incorporation d’une nouvelle partie de la terre palestinienne à Israël? Les Etats-Unis ne viennent-ils pas récemment de donner leur feu vert à cette nouvelle agression territoriale en publiant leur plan de règlement de la confrontation palestino-sioniste mais qui n’est en fait qu’un plan d’accaparement des terres palestiniennes au profit de l’envahisseur sioniste.

Pour illustrer le fait que cette annexion programmée, totalement illégale selon le droit international, est une pratique courante du régime sioniste, observons rapidement ce qui s’est passé durant l’histoire récente de l’envahissement de la Palestine depuis une centaine d’années. Cela a commencé, dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle par des acquisitions de terres agricoles, financées en particulier par les banquiers de la maison Rothschild de France, où étaient accueillis des Juifs persécutés dans les pays d’Europe de l’est. Puis, au début du vingtième siècle des colons d’obédience sioniste commencent à s’installer sur des terres achetées à des propriétaires absentéistes palestiniens tout en ne déclarant pas que leur but ultime était la création d’un État Juif. Avec la publication de la Déclaration Balfour en Novembre 1917 et son intégration dans le Mandat confié aux Britanniques par la SDN (Société Des Nations, équivalent à l’époque de l’ONU actuelle) sur la Palestine en 1922, la colonisation sioniste se réalise sous la forme d’implantations communautaires (Kibboutz) pratiquement fermées aux ouvriers agricoles palestiniens. L’occupation se fait alors de plus en plus pressante: création de l’Agence juive (qui n’est autre qu’un proto-gouvernement toléré par les autorités mandataires) puis de la Haganah, la milice armée qui participera aux répressions des rebellions palestiniennes avec l’armée britannique en 1929 et de 1936 à 1939. Après la recommandation de l’ONU, en Novembre 1947, de partager la Palestine historique en deux États, les sionistes vont s’accaparer de plus de surface que ce que le plan de partage leur avait dédié officiellement. L’État d’Israël est alors auto-proclamé sur des terres conquises par la force militaire. Déjà, aucune objection de la communauté internationale n’est émise, ce qui va constituer un encouragement implicite pour les sionistes d’agir illégalement sans risquer de subir des sanctions. Ainsi, mise à part l’affaire de Suez, la conquête coloniale de la Palestine par la guerre va se poursuivre, en particulier en 1967, et aboutira à l’annexion du Golan syrien, de Jérusalem, de l’installation de 600’000 colons dans les TPO.

Ce court rappel historique permet de constater qu’au fil des ans, forts du soutien sans faille des USA et de leurs dociles alliés, les sionistes vont insidieusement coloniser la Palestine sans avoir à rendre des comptes ni à respecter la loi et la justice internationales dont les arrêts pour endiguer ces violations ne sont jamais appliqués.

Quelle est la différence notoire de la volonté proclamée par les sionistes d’annexer la vallée du Jourdain et les annexions précédentes ? Ceux-ci, pour la réaliser, n’auront même pas besoin de déclencher une nouvelle guerre «défensive» comme ils en avaient l’habitude. Ils devront simplement déclarer unilatéralement qu’ils s’approprient ce morceau de terre, puis faire voter, si besoin est, une loi sur mesure par leur parlement, la Knesset. Ils savent, par expérience que leurs faits accomplis sont entérinés par l’indifférence ou la pleutrerie du monde. Certainement, seule la population palestinienne tentera de s’y opposer par des manifestations dont le caractère pacifique sera démenti par des jets de pierres lancées par une jeunesse exaspérée dont on détruit systématiquement le moindre espoir de vivre normalement dans la dignité la liberté et la justice.

Au vu des expériences récentes et le manque de réaction de la communauté internationale (si elle existe encore!), il nous apparait vain (et inespéré) qu’une force extérieure vienne s’opposer au rouleau compresseur sioniste (bien que nous l’appelons de nos vœux!).

Alors, puisque rien ne semble arrêter la démarche colonisatrice sioniste, ne faudrait-il pas souhaiter que tous les TPO (en y ajoutant le territoire de Gaza) soient annexés et qu’ainsi, les Palestiniens, devenant «citoyens d’Israël» pourront lutter, grâce à leur nombre, à l’intérieur de ce pays comme le font leurs deux millions de coreligionnaires qui disposent de quinze députés élus à la Knesset.

Utopie, vœu pieux me direz-vous? Certainement mais ne négligeons pas le fait que, souvent, des peuples en situation désespérée doivent leur salut à une démarche pourtant qualifiée d’irréaliste ou d’irréalisable (l’exemple de l’Inde qui a obtenu son indépendance par une lutte pacifique tenace ou celui du Vietnam qui s’est libéré après une résistance acharnée contre l’armée des USA, la plus puissante du monde sont éloquents). Ne perdons pas de vue que ce qui est en jeu aujourd’hui est, ni plus ni moins la survie de la population palestinienne à long terme. Il ne s’agit pas ici de discours diplomatiques ou académiques mais il s’agit de sauver des millions de vies que menace le monstrueux arsenal sioniste (Israël vient d’être classé le pays le plus militarisé au monde par un institut spécialisé australien; sa compétence pour briser la vie de ceux qui se battent contre le racisme,pour la liberté et la justice, est étalée au grand jour par l’affaire criminelle de George Floyd: les commentateurs américains dévoilent que la police de Minneapolis coupable de son assassinat a été formée et entrainée par la police sioniste israélienne…).

Les palestiniens peuvent compter sur le soutien pacifique des sociétés civiles dans le monde entier. Ce soutien primordial (par le mouvement pacifique BDS, par exemple) doit se poursuivre et sera de plus en plus efficace si la lutte contre l’apartheid et le racisme qui oppressent cette population peut s’appuyer sur un peuple uni qui dépasse sa fragmentation (réfugiés en Palestine, réfugiés à l’extérieur de la Palestine, habitants des TPO et de Gaza, diaspora forcée) ainsi que sa division politique (Hamas et Autorité Palestinienne) que le sionisme entretient pour en profiter.

Depuis quelques années, les sionistes assument et clament ouvertement le fait qu’ils veulent se débarrasser de tous les «Arabes» du territoire qu’ils occupent (comme les nazis qui voulaient se débarrasser de tous les Juifs d’Allemagne puis de tous les territoires européens qu’ils ont occupés). Ils sont incapables de construire une paix juste avec une population qu’ils considèrent comme inexistante ou pour le moins inférieure. La domination qu’ils exercent sur un peuple démuni des moyens (matériels) pour se défendre et la quasi impunité dont ils bénéficient depuis 72 ans font qu’ils légitiment et justifient les crimes qu’ils commettent (le plus flagrant est celui du nettoyage ethnique du territoire sur lequel Israël a été créé, longtemps nié qu’ils estiment aujourd’hui nécessaire et inévitable donc légal et sans lequel cette création n’aurait pas pu se réaliser).

Comme une intervention providentielle et imprévue n’est pour l’instant ni d’actualité ni envisageable, les Palestiniens devront organiser ce combat inégal mais pas désespéré en élargissant, de plus en plus avec toutes les aides sincères qui peuvent y concourir, cette faille du système sioniste représentée par l’INJUSTICE qui constitue le fondement de son idéologie et que sous-tendent l’apartheid, le racisme, le colonialisme pour aboutir, avec le peuple israélien aujourd’hui fourvoyé par ce système, à une entente fraternelle dont la forme reste le choix et la responsabilité des deux peuples.

Mokh, 17.06.2020

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5. La contribution des grandes puissances au calvaire des Palestiniens

L’Histoire devrait passer aux aveux( Michelet )

Il y a vingt siècles, la région du Proche-Orient, alors occupée par les Romains, porte le nom de Palestine. Les gens, les tribus, les peuples qui y vivaient étaient multiples et variés par leurs origines ethniques, leurs croyances, leurs mœurs. Les Araméens, les Cananéens, les Hébreux, les Égyptiens, les Grecs, les Perses, les Babyloniens, les Assyriens, les Romains, les Arabes, les Ottomans, ont tour à tour occupé, dominé cette terre devenue sainte après que la religion monothéiste majoritaire de ses occupants a connu successivement le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, cette dernière véhiculée par les Arabes depuis le septième siècle après JC. Cette diversité a engendré une succession de cohabitations, mais aussi de luttes, entre les tribus, les nations, les religions présentes simultanément Ces périodes de paix et de confrontation perdurent jusqu’à l’époque moderne. Cependant, depuis l’avènement du sionisme politique à la fin du dix-neuvième siècle et la création d’Israël en 1948, des bouleversements profonds vont entrainer cette région dans une instabilité qui dure encore aujourd’hui. La Terre Sainte a été transformée en Terre meurtrie.

Au début du vingtième siècle le colonialisme européen, représenté essentiellement par le Royaume Uni et la France s’empare du Proche – Orient au détriment de l’empire ottoman. Des intérêts nouveaux, aussi bien économiques (le pétrole) que territoriaux et stratégiques (le canal de Suez) ont provoqué un changement profond de domination impériale sans considération des droits fondamentaux des habitants de la région, comme le droit à l’autodétermination. Pour justifier en particulier leur mainmise sur la Palestine sans que cela n’apparaisse comme un acte de colonisation dorénavant critiqué, les Britanniques promettent en 1917, au mouvement sioniste, la création d’un «foyer national Juif». Cela sera concrétisé par la naissance de l’État d’Israël en 1948 après la «découverte» de l’effroyable génocide de six millions de Juifs européens par les nazis. L’histoire illustre bien que cette conquête de la Palestine ne s’est pas produite sans résistance farouche des autochtones dont les moyens étaient très limités par rapport à ceux des envahisseurs qui bénéficiaient d’appuis internationaux importants.

La confrontation entre envahisseurs et indigènes va de plus entrainer l’expulsion de 750 000 Palestiniens de leur terre sur laquelle l’État d’Israël est établi, et deviendront ainsi, pour la plupart, des réfugiés dans les pays limitrophes (Liban, Syrie, Jordanie…) et en Cisjordanie. Ceux qui réussissent à rester dans le nouvel État y deviendront des citoyens de seconde zone sans droit à la propriété foncière.

La consolidation de ce nouveau pays va continuer et se renforcer avec le soutien successif des grandes puissances, comme nous le décrivons succinctement ci-après, au gré des intérêts de chacune d’elles et surtout au détriment du peuple palestinien.

La contribution du Royaume-Uni au calvaire des Palestiniens

Le Royaume-Uni est sans aucun doute à l’origine des troubles profonds qui bouleversent depuis plus de cent ans cette région du monde connue sous le nom de Palestine mais aussi de Terre Sainte. Pour évincer les Ottomans du Moyen-Orient, les Britanniques sont amenés à promettre l’indépendance aux Arabes à condition que ceux-ci se révoltent contre l’occupant Turc. Cette promesse est cosignée dans la correspondance que le Chérif de la Mecque, Hussein, et le représentant Britannique Mac Mahon de Juillet 1915 à Janvier 1916 ont échangée. Les Arabes tiendront parole. Pourtant, en mai 1916, la France et le Royaume-Uni signent les accords Sykes-Picot qui consacrent le dépècement du Proche-Orient au profit des deux puissances coloniales, sans en avertir les autorités arabes. Le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique signe la «Déclaration Balfour» qui promet au mouvement sioniste la création d’un «foyer national pour le peuple juif» en Palestine tout en respectant «les droits civils et religieux des communautés non juives». La contradiction de ces engagements du Royaume-Uni et l’impossibilité de les mettre en œuvre simultanément, vont constituer la cause originelle fondamentale du tragique destin des Palestiniens. Ainsi, selon les mots d’Arthur Koesler: «une nation a solennellement promis à une autre le pays d’une troisième». Le Royaume-Uni va obtenir en 1922 un mandat de la Société des Nations (SDN) sur la Palestine dans le but ultime d’y installer un gouvernement local afin de respecter le droit des peuples à l’autodétermination inscrit dans la charte de la SDN, mais aussi d’y concrétiser la promesse de la Déclaration Balfour. Au mépris de la population autochtone, le mandataire va tolérer une immigration juive massive en provenance d’Europe centrale tout en lui octroyant des droits qui sont refusés aux Palestiniens. Cette situation va engendrer des protestations et des révoltes des Palestiniens dont les plus importantes se situent en 1929 et de 1936 à 1939. Cette dernière révolte sera très durement réprimée par les forces armées britanniques aidées par la milice sioniste armée et tolérée par l’occupant. La répression va décimer l’élite palestinienne (nombreuses exécutions, emprisonnements, déportations…) ce qui explique en partie l’affaiblissement de l’encadrement politique palestinien qui fera défaut pour s’opposer efficacement à la future création d’Israël.

Après plusieurs tentatives de mise en place de plans de règlement de la confrontation qui s’accentue entre Palestiniens et sionistes, les Britanniques vont quitter la Palestine début Mai 1948 en remettant leur mandat à l’ONU qui dès lors va assumer la responsabilité du territoire. Cet aveu d’échec va laisser libre cours aux milices sionistes qui, à partir de Novembre 1947, accentuent leur pression militaire après le vote de la proposition de partage de la Palestine, pour pousser à l’exode la population locale. L’expulsion massive des Palestiniens commencera sous le regard indifférent de l’armée britannique qui avait largement participé à entrainer et équiper la Hagana (milice armée sioniste) qui deviendra l’armée israélienne. Soucieuse de préserver ses intérêts dans le monde arabe (en particulier dans les pays pétroliers), le Royaume-Uni tentera bien de limiter l’immigration juive et en payera un prix élevé sous forme de nombreux attentats perpétrés par les groupes sionistes extrémistes, Irgoun et Stern (le plus spectaculaire a été celui organisé contre l’hôtel King David qui a entrainé la mort d’une centaine de militaires britanniques en 1947). Sous pression des États-Unis, les Britanniques finiront par accepter la venue de
150 000 personnes déplacées d’Europe, rescapées des camps de la mort nazis.

Le premier juin 1968, Arnold Toynbee, célèbre historien Britannique, résumait la désastreuse intervention du Royaume-Uni en Palestine de 1917 à 1948, en écrivant: «La tragédie en Palestine n’est pas seulement locale; c’est une tragédie pour le Monde car c’est une injustice qui menace la paix du Monde. La culpabilité de la Grande Bretagne n’est pas diminuée par le fait humiliant de son incapacité à redresser les fautes qu’elle a commises».

Durant les années qui suivirent la création d’Israël en 1948, le Royaume Uni n’a pris aucune mesure efficace pour reconnaître sa responsabilité dans l’émergence de la tragédie palestinienne. Dès le début de son implication dans la région, seuls ses intérêts impériaux ont guidé sa politique fondée sur le refus du droit à l’autodétermination du peuple palestinien. En parallèle, suite à un accord de guerre avec les sionistes d’où est issue la fameuse Déclaration Balfour en 1917, la colonisation de la Palestine va se dérouler insidieusement par l’acceptation de l’installation de colons juifs européens pendant toute la durée du mandat assumé par les Britanniques. Cette colonisation n’a pas cessé et continue en 2020 sans qu’aucune sanction pour empêcher cette violation du droit international ne soit proposée par le Royaume-Uni à l’origine du calvaire palestinien.

La contribution des États-Unis au calvaire des Palestiniens

Dès 1917 les États-Unis s’impliquent directement dans l’affaire de Palestine! En premier lieu, le président américain W. Wilson va approuver le texte de la Déclaration Balfour que les Britanniques lui soumettent. Pour ce faire il est très influencé par Louis Brandeis, responsable du mouvement sioniste des États-Unis, qu’il a nommé juge à la cour suprême et qui est devenu son conseiller pour le Proche-Orient! En 1919, La commission King Crane va mettre en garde le Président Wilson contre la «violation du droit à l’autodétermination de la population locale» si les désidératas sionistes étaient suivis d’effets. Il n’en tint pas compte et apporta son soutien au mandat britannique sur la Palestine. Cette politique mise en place à partir de 1917 sera celle des États-Unis jusqu’à aujourd’hui: soutien indéfectible aux sionistes et déni des droits des Palestiniens. Cela va se manifester concrètement en 1947 lorsque le Président Truman, contredisant l’avis de la majorité de ses conseillers, approuve le plan de partage de la Palestine et oblige le Royaume Uni à accepter l’immigration de 150 000 rescapés des camps de la mort nazis dans ce territoire. Pour se justifier, il déclare: «je suis désolé, messieurs, mais je dois répondre à des centaines de milliers de gens qui espèrent le succès du sionisme. Je n’ai pas des centaines de milliers d’Arabes parmi mes électeurs». Le ton est donné: la politique intérieure américaine va peser lourdement sur les décisions concernant la Palestine. De nos jours, les avantages concédés par Mr Trump à Israël, tout en accentuant le joug colonialiste sur les Palestiniens, confirment l’injustice flagrante et niée de cette politique. Sous l’influence de puissants lobbies pro-sionistes les États-Unis vont continuellement protéger diplomatiquement leur allié contre la dénonciation internationale des crimes commis par celui-ci en opposant leur véto au Conseil de Sécurité de l’ONU pour empêcher toute résolution contraignante: depuis 1967 les Américains utiliseront 50 fois ce droit de véto! En plus de cette protection diplomatique, les USA vont apporter une aide massive matérielle et financière à Israël: de 1948 à 2005, 154 Milliards de Dollars et depuis la présidence de Mr Bush, plus de 3 Milliards de dollars lui sont versés annuellement sans obligation de remboursement.

Il faut bien constater que la politique «deux poids, deux mesures» des États-Unis est celle qu’ils appliquent depuis plus d’un siècle et qu’elle n’a toujours pas abouti à instaurer une véritable paix dans la région.

La contribution de l’Allemagne au calvaire des Palestiniens

Le rôle de l’Allemagne au Proche Orient est rarement évoqué même par les auteurs qui prennent position pour les Palestiniens. Ainsi, dans un livre intitulé «Palestine: le jeu des puissants» (Actes Sud,2014), écrit sous la direction de Dominique Vidal, il n’y est pas fait allusion.

Depuis la fin du dix-neuvième siècle, l’Allemagne s’est intéressée à la Palestine alors gouvernée par la Turquie, son alliée. Sollicité par T. Hertzl (le fondateur du sionisme politique), l’Empereur allemand Guillaume II va le rencontrer en Palestine en 1898 pour plaider sa cause auprès des Ottomans, mais il n’arrivera pas à convaincre ceux-ci de céder la Palestine comme le souhaitait le leader sioniste. Cependant, jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, les Allemands vont encourager l’implantation de Juifs d’Allemagne en espérant augmenter leur influence sur place. Lorsque la pression démographique commencera à se faire sentir, et que les Palestiniens s’en plaindront, les Turcs menacèrent d’expulsion les immigrés juifs, après avoir découvert, disaient-ils, un réseau d’espionnage animé par des sionistes. L’Allemagne va alors intervenir vigoureusement auprès de son allié et arrivera à sauver le Yichouv (implantation sioniste en Palestine) d’un sort auquel, malheureusement, les Arméniens n’arriveront pas à échapper. Ainsi, l’empire allemand s’est avéré un protecteur efficace et donc encourageant des premières implantations coloniales sionistes en Palestine qui ne disaient pas encore leur nom.

Paradoxalement, c’est sous le régime nazi, que l’intervention allemande va provoquer le renforcement de la mainmise des sionistes sur la Palestine. Le régime nazi, à son avènement, le 31 Janvier 1933, n’avait pas de programme politique concernant le Proche-Orient. Par contre, sa politique antisémite était déjà bien définie et se résumait à tout faire pour vider l’Allemagne de ses citoyens juifs. Par ses mesures abominables, racistes anti-juives, le régime nazi va encourager et provoquer le départ d’un grand nombre de ses citoyens juifs, pourtant bien assimilés à la société allemande et qui tenaient à demeurer dans leur patrie. Pour accélérer ce départ, les nazis vont rapidement signer un accord connu sous le nom de «Haavara» (transfert en Hébreu)… avec les dirigeants sionistes du Yichouv, présidé par David Ben Gourion. Cet accord va permettre à près de 60’000 Juifs allemands d’immigrer en Palestine avec une grande partie de leur fortune. Ces gens étaient culturellement et techniquement très bien formés. Avec leur savoir et leurs moyens financiers, ils vont participer à l’enracinement du sionisme et à la création d’infrastructures industrielles encore présentes aujourd’hui en Israël. En même temps, ce nouveau commerce (qui s’étendra dans tout le Proche Orient jusqu’en 1939) va aider à la consolidation du nazisme alors sous la menace d’un boycott international que les sionismes vont saborder pour pouvoir bénéficier des avantages de l’accord «Haavara».

Durant la deuxième guerre mondiale, les terribles mesures génocidaires du Reich nazi vont provoquer l’immigration clandestine de plus de 50’000 Juifs européens en Palestine.

Retenons simplement, que l’Allemagne nazie est tenue pour seule responsable du génocide des Juifs d’Europe mais nul ne lui fait assumer les conséquences de ce génocide sur la population palestinienne. En effet, selon de nombreux auteurs, sans la Shoah, Israël n’aurait simplement pas vu le jour! Citons, Elie Barnavi, historien israélien qui affirme dans son livre «Israël, un portrait historique»: «Hitler a été certainement le levier le plus puissant dans l’édification de l’État Juif». Catherine Nicault, dans son article intitulé «La Shoah et la création de l’État d’Israël» confirme: «Reste que sans le nazisme et la Shoah dans le rôle de catalyseur, d’accélérateur, il est douteux que l’État d’Israël ait jamais vu le jour». En 1947, 150 000 personnes déplacées, rescapées des camps de la mort nazis et ne sachant plus où aller vont être envoyées en Palestine sous la pression des États-Unis et des sionistes sur la Grande-Bretagne alors mandataire de ce territoire.

A cette participation indirecte mais bien réelle de l’Allemagne à la réalisation du plan colonisateur sioniste, vont venir s’ajouter les réparations consenties par la République Fédérale d’Allemagne à l’État d’Israël. Le 10 septembre 1952 un accord de dédommagement est signé entre la RFA et l’État d’Israël concernant les victimes de la Shoah, ainsi que les rescapés qui ont subi des sévices de la part des nazis. Pour en illustrer l’importance, citons l’éminent historien israélien, Tom Segev (Le septième million): «Le gouvernement allemand s’engagea à verser 820 millions de dollars, soit l’équivalent de 3,4 milliards de marks. Plus de 1300 machines dans le domaine de l’optique, du caoutchouc, du textile, de la médecine, de la conserverie, de l’imprimerie furent financées par 8% de l’argent des réparations, soit 66 millions de dollars. De 1953 à 1963, l’argent des réparations servit à financer le tiers du réseau électrique d’Israël, la moitié des voies ferrées et l’achat des locomotives Diesel. 17% de la somme totale, soit 100 millions de dollars, alla à l’achat de 50 bateaux, cargos et paquebots qui constituèrent les deux tiers de la flotte marchande israélienne».

Tous ces apports financiers et technologiques de l’Allemagne pour bâtir la puissance d’Israël ont contribué directement au malheur actuel des Palestiniens car cette ressource est et a été utilisée pour la colonisation de leurs terres. Un article paru dans le Monde Diplomatique d’avril 2020 confirme l’importance méconnue de l’engagement allemand au Proche-Orient largement en faveur d’Israël et au mépris des droits des Palestiniens. L’auteur, Daniel Marwecki, y souligne combien l’aide allemande a été cruciale pour l’État d’Israël durant les deux premières décennies de son existence; cette aide va s’étendre au domaine militaro-nucléaire, ce qui donnera à Israël sa supériorité indiscutable face à ses adversaires. Le besoin de l’Allemagne de se racheter et ainsi de retrouver sa place au sein des grandes puissances explique essentiellement son attitude, bien que consciente, du problème dramatique des réfugiés palestiniens qu’avait engendré la création d’Israël. «En protégeant Israël, nous nous protégeons des démons du passé» a déclaré, en 2018, Mr Martin Schultz (chef alors du parti SPD ) sans, bien sûr, évoquer le fait que cette façon d’agir participait à perpétuer la tragédie du peuple palestinien colonisé et confiné dans des camps de réfugiés dans un état des plus précaires qui dure depuis 1948. Cette énorme Indulgence (ce mot désigne l’autorisation que l’Église accordait, au Moyen Age, à ses fidèles, pour racheter leurs péchés contre paiement et contre laquelle Luther s’était révolté ) en guise d’expiation des crimes commis par les nazis, va peser (et pèse encore) lourdement sur les évènements au Proche-Orient tout en illustrant le parti pris occidental sous-tendu par un profond égoïsme (ainsi qu’une culpabilité à sens unique) accentuant, de jour en jour, le calvaire des Palestiniens qui n’en voient pas la fin.

La contribution de l’URSS (Russie) au calvaire des Palestiniens

Dès la Révolution, en Octobre 1917, les Bolcheviks (dont de nombreux dirigeants étaient juifs) s’étaient prononcés opposés à l’idéologie sioniste, en particulier à cause de son nationalisme affirmé contraire à l’internationalisme communiste. Jusqu’en 1941, le régime soviétique prônait la création d’un État indépendant et démocratique (sous-entendu bi-national) en Palestine. Pourtant, en mai 1947, l’URSS, dirigée par Joseph Staline, allait apporter un soutien autant inattendu que primordial au mouvement sioniste. Prétextant le génocide que venaient de subir les Juifs d’Europe, Andreï Gromyko1 annonce, à la tribune de l’ONU, que son pays soutiendra le partage de la Palestine en deux États. Sans relâche, jusqu’en 1949, Moscou va apporter aux sionistes son aide inconditionnelle qui se concrétisera dans les domaines politique, militaire et démographique. Les soviétiques votent le plan de partage de la Palestine par l’ONU le 29 novembre 1947, aidés en cela par leurs satellites contraints (Pologne, Tchécoslovaquie, Ukraine). Ils reconnaîtront juridiquement l’État d’Israël trois jours après sa proclamation, le 17 mai 1948. Favorisant le départ de 150 000 Juifs de Pologne en tant que «personnes déplacées» vers la zone d’occupation alliée, ils vont mettre le Royaume-Uni dans l’embarras mais celui-ci finira, sous la pression américaine, par les accepter comme immigrants en Palestine. Les soviétiques, avant 1948, vont également soutenir des opérations clandestines d’immigration de Juifs en Palestine, en provenance de Roumanie et de Bulgarie, en coopération avec l’Agence juive. Avec une grande efficacité, l’URSS, en utilisant son satellite, la Tchécoslovaquie, va livrer, entre 1948 et 1951, des armes légères et lourdes comprenant des chars et des avions de combat, tout en assurant la formation de ses nouveaux clients. Bien informés du nettoyage ethnique perpétré par les forces armées sionistes qu’ils équipent, les Soviétiques vont outrageusement les déculpabiliser en accusant les Britanniques d’en être responsables. David Ben Gourion, le fameux premier Premier-Ministre de l’État israélien reconnaîtra en 1968, que ces armes ont «sauvé le pays. Elles constituèrent l’aide la plus importante que nous ayons obtenue… Je doute fort que, sans elles, nous ayons pu survivre le premier mois» (cité dans Uri Bialer, Between East and West, Israël’s foreign Policy Orientation). Ce qui a sous-tendu l’apport de cette aide massive des Soviétiques au mouvement sioniste, n’était bien sûr pas dénué d’arrière-pensées politiques: l’URSS, par ces opérations, espérait gagner Israël comme allié et ainsi prendre la place du Royaume-Uni. C’était sans compter la force des liens qui unissaient ce pays aux États-Unis où vivait la plus puissante communauté juive.

Après les péripéties de la guerre froide qu’il n’y a pas lieu d’évoquer ici, il faut signaler un autre évènement important après la chute de l’URSS: la Russie de Gorbatchev va autoriser 800 000 Juifs à émigrer en Israël. La qualité de formation (médecins, ingénieurs, enseignants…) et l’expérience de ces gens vont constituer un apport précieux et gratuit à l’économie israélienne. Forte de la présence d’un million de coreligionnaires en Israël, la Russie de Poutine entretient des relations économiques, technologiques et militaires (achat de drones) et diplomatiques sans interruption avec l’État sioniste. Ces deux États sont si proches qu’ils peuvent être qualifiés de complices. Israël reste silencieux sur l’affaire ukrainienne, s’abstient le 27 mars 2014 lors d’un vote de l’Assemblée Générale de l’ONU condamnant l’annexion par la force de la Crimée par Moscou (ce qui équivaudrait pour Israël à voter contre l’annexion du Golan, de Jérusalem…). En contrepartie, la Russie n’évoque jamais le sort des Palestiniens et par là, contribue à maintenir leur situation désespérée.

La Russie, pour des raisons très variées, a apporté et apporte son appui au sionisme qui en profite pour mieux assoir sa domination cruelle sur le peuple palestinien.

1Andreï Gromyko, 1909 – 1989, ambassadeur de l’URSS auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, de 1946 à 1952

La contribution de la France au calvaire des Palestiniens

L’antisémitisme régnant en France à la fin du dix-neuvième siècle va entrainer des conséquences dramatiques au Proche-Orient dont pâtiront essentiellement les Palestiniens. Loin de se douter, de ce qui se tramait et qui allait bouleverser profondément et irrémédiablement leur vie, ils vont être les premiers concernés, à moyen terme, par une affaire qui a divisé la société française et y provoque encore aujourd’hui des remous et des discussions sans fin: l’affaire Dreyfus! Theodore Hertzl assiste, en tant que journaliste, au procès et à la dégradation injuste et infamante du capitaine. Il en est meurtri, lui qui croyait à l’assimilation des Juifs, spécialement en France où leur émancipation datait de la Révolution de 1789. Blessé, il va écrire un pamphlet qui constituera dorénavant la base théorique du sionisme politique où il expose que la seule solution pour lutter contre l’antisémitisme est que les Juifs soient réunis dans un pays qu’ils gouverneraient librement. Ainsi naît le sionisme politique, peu apprécié et même combattu par la majorité des Juifs européens à ses débuts mais qui finira par s’imposer et entrainera le malheur des Palestiniens. Comme l’a formulé Hannah Arendt dans son livre «Sur l’antisémitisme» à propos de l’affaire Dreyfus: «Sa seule conséquence visible fut la naissance du mouvement sioniste – seule réponse politique que les Juifs aient jamais trouvée à l’antisémitisme et seule idéologie qui ait tenu sérieusement compte d’une hostilité qui allait les placer au cœur des évènements mondiaux». Une autre «conséquence visible», non anticipée dans cette citation, sera le cataclysme humain et géographique encore d’actualité en Palestine.

La France, en développant un dense réseau confessionnel catholique, a été un acteur influent au Proche-Orient et s’était attribué le titre de gardienne des Lieux Saints de la Chrétienté, jusqu’au dé- but de la première guerre mondiale. Durant cette période, les premières colonies, non sionistes, vont être financées par le Baron Edmond de Rothschild. Complice de l’impérialisme britannique, elle s’associera à celui-ci, par l’accord Sykes-Picot, pour diviser arbitrairement le Proche-Orient qui en porte toujours les séquelles. Quelques mois avant la Déclaration Balfour, la France, par la lettre que signe Cambon (secrétaire général du ministère des affaires étrangères) adressée à Sokolov (dirigeant sioniste), va tenter de s’attirer les faveurs du mouvement sioniste en lui promettant de l’aider dans son entreprise de colonisation de la Palestine. Cela n’aura pas de suite puisque les Britanniques vont occuper militairement la Palestine en décembre 1917 et ainsi annihileront toute velléité de présence française sur ce territoire. Forte de liens tissés avec des groupes de résistants juifs pendant l’occupation allemande, la France va jouer un rôle majeur à la naissance de l’État sioniste jusqu’à la consolidation de sa puissance régionale prépondérante, en le soutenant diplomatiquement et militairement, au mépris de l’exode que les milices sionistes faisaient subir aux Palestiniens.

En 1946, la France va aider massivement les sionistes à organiser l’émigration clandestine de Juifs européens à destination de la Palestine (l’affaire de l’Exodus en est emblématique) en violation de la règlementation britannique qui tentait de limiter cette immigration, source d’affrontements violents sur place.

En novembre 1947, la France s’abstient en commission sur le vote de partage proposé par l’ONU. La pression américaine, menaçant de restreindre les financements du plan Marshal prévus pour la reconstruction du pays dévasté, ainsi que celle de politiciens français influents, dont Léon Blum, vont amener le gouvernement français à voter ce plan de partage en dépit des craintes et des réactions que cela allait engendrer dans les colonies d’Afrique du Nord.

Évincée du Proche-Orient par l’entente américano-britannique, la France va y revenir en apportant à l’État sioniste proclamé le 15 mai 1948, une aide militaire massive jusqu’à la fin des années 1960 alors qu’elle avait signé un accord avec les USA et le Royaume-Uni pour restreindre les livraisons d’armes dans la région. Il est indéniable que cette dotation en chars d’assaut et en avions de chasse a encouragé Israël à s’engager dans des guerres qui se sont avérées de conquête plutôt que défensives comme l’avait suggéré la propagande de ce pays et relayée en Occident.

Cet armement allait ancrer définitivement la suprématie militaire d’Israël dans la région bien avant que les USA ne prennent le relais des Français à la fin des années soixante. C’est l’époque où la France rééquilibre sa politique envers les pays arabes, sans remettre en cause l’État d’Israël. C’est aussi le moment où les USA vont considérer Israël comme un allié stratégique sûr (guerre froide oblige!) pour contrer les avancées soviétiques en Égypte, Syrie… qui, potentiellement, pouvaient mettre en péril l’exploitation du pétrole, vitale, pour les économies occidentales. Bien entendu, au sein de toutes ces considérations, le problème palestiniens était perçu comme négligeable et sans importance alors que des millions de gens s’entassaient dans des camps de réfugiés sans espoir d’échapper un jour aux conditions inhumaines dans lesquelles ils étaient maintenus par les forces sionistes d’occupation surarmées…

Mais, la France, patrie des droits de l’homme, allait s’illustrer en montrant combien elle est peu soucieuse de leur application et n’en tient plus compte lorsqu’il s’agit de préserver ses intérêts d’État. Au début des années cinquante, une coopération technique intense dans le domaine de l’énergie nucléaire va se développer avec Israël qui a récupéré des chercheurs juifs ayant participé au programme nucléaire américain de mise au point de la première bombe atomique! Cette coopération aboutira à la construction de la centrale de Dimona, dans le désert du Néguev, financée par une vingtaine de milliardaires américains. Comme le rapporte Philippe Simonnot dans son livre «Le siècle Balfour» (p.175): «Le chantage nucléaire israélien avait commencé. Il ne cessera plus jusqu’à aujourd’hui». Ce formidable avantage stratégique que la France a apporté à l’État sioniste explique en grande partie son attitude arrogante et son irrespect de la loi internationale qui aurait pu protéger les Palestiniens des abus dont ils pâtissent.

Révélations, enseignements, histoire et actualité

Depuis la Déclaration Balfour de 1917 jusqu’au plan Trump de 2020, une constante déterminante est adoptée par toutes les puissances qui ont intervenu au Proche-Orient: le mépris, le déni des Palestiniens en tant que peuple et donc, de leur droit à l’autodétermination.

Malgré la durée et l’ampleur des exactions qu’ils subissent, que condamne le droit international, l’attitude commune de ces puissances est de ne rien entreprendre, concrètement, contre l’État voyou pour qu’il cesse ses crimes (colonisation illégale, destruction de demeures familiales, déplacements forcés, emprisonnements sans jugement…). Un exemple très représentatif de ces crimes, s’est réalisé en 2018/2019: le monde entier assiste (grâce en particulier à la vidéo) à des crimes en direct de Palestiniens de tout âge, perpétrés par des tueurs d’élite israéliens qui tirent sur les manifestants, à l’intérieur de la bande de Gaza. Ceux-ci demandent que leur droit à retourner sur les terres d’où leurs aïeux ont été expulsés, soit enfin reconnu et appliqué et que le blocus instauré par l’État sioniste soit levé. Malgré des centaines de morts et des milliers de blessés graves, la communauté internationale laisse faire, impassible, en attendant les résultats d’une enquête de la Cour de justice Internationale…

Ce tour d’horizon, rapide et incomplet, a l’avantage de nous éclairer sur quelques causes de l’injustice dont le monde est responsable en Palestine: le manque, le refus d’intervention des puissances et la coopération économique, souvent militaire (c’est le cas de la Suisse par exemple) représentent des encouragements à l’État sioniste pour continuer sa colonisation prédatrice tout en étant assuré qu’il ne risque aucune sanction.

À qui incombe la responsabilité du malheur d’un peuple de plus de dix millions de personnes survivant majoritairement dans des camps de réfugiés? De qui les Palestiniens doivent-ils exiger des réparations? À ceux qui ont détruit leur vie en les privant de leur terre, ou à ceux qui les ont aidés et qui les aident encore à le faire? Pour nous aider à tenter de répondre à ces questions faisons appel à une déclaration de David Ben Gourion, le leader sioniste le plus connu: «Ne nous cachons pas la vérité… Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays. Derrière le terrorisme (des Arabes), il y a un mouvement qui, bien que primitif, n’est pas dénué d’idéalisme et d’auto-sacrifice.» (cité par Simha Flapan dans «Le sionisme et les Palestiniens»).

H.Mokrani, le 24.04.2020

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4. Palestinian lives matter

Black lives matter
Palestinian lives matter… too

La vie des noirs compte, celle des Palestiniens compte… aussi

RACISME et racisme, parallélisme

Le racisme n’a pas de frontière. Les méthodes racistes n’en ont pas non plus et prolifèrent à travers le monde. Victime de la violence policière raciste toujours en vigueur dans son pays, George Floyd, un afro-américain de 46 ans, va être enterré aujourd’hui, 9 Juin 2020, à Houston, sa ville natale du Texas. Depuis le début de l’exploitation des esclaves noirs il y a quatre siècles, le traitement raciste de cette population n’a jamais vraiment cessé aux Etats Unis. Certes, depuis la fin de la guerre civile (dite de sécession) en 1865 l’esclavage est aboli, mais les pratiques racistes sont encore présentes au sein de la société américaine dont certains groupes refusent de considérer que tous les citoyens vivant dans cette société ont les mêmes droits et devoirs. Malgré les luttes incessantes des différentes minorités, le racisme demeure actif et violemment nocif. De nombreux incidents létaux, comme celui subi par George Floyd, démontrent que le racisme demeure profondément ancré dans cette société. Cet assassinat filmé en direct et diffusé sur les réseaux sociaux a, aux Etats Unis et dans de nombreux pays, provoqué des manifestations de colère pacifistes mais aussi parfois brutales. Ces réactions de dénonciation du racisme prouvent que les gens ne sont pas indifférents aux actes iniques et qu’ils ne se laisseront pas anesthésier.

À quelques milliers de kilomètres de Minneapolis, le 29 et le 30 Mai, deux Palestiniens, dont un handicapé, sont tués par les forces d’occupation sionistes israéliennes à Jérusalem-Est et au nord-ouest de Ramallah. Iyad Khairy al-Hallaq (32 ans) et Fadi Adnan Samara Qa’d (37 ans) ne portaient pas d’arme et ont été abattus à distance. En Palestine occupée il ne se passe pas un jour sans qu’un assassinat ne soit perpétré par les forces sionistes à l’encontre de la population civile palestinienne, comme le montrent de nombreux sites spécialisés du réseau internet. Ces crimes, jamais sanctionnés par la justice de l’Etat sioniste, n’ont rien de nouveau et sont peu évoqués par la presse mais sont notés par des associations qui en font une triste comptabilité (voir par exemple le site américain https://ifamericansknew.org/ (iak) dont les statistiques débutent en l’an 2000). Des photos montrant l’immobilisation brutale de civils palestiniens par les forces sionistes lors de manifestations contre l’occupation sont sidérantes: semblables à celles qui montrent l’étouffement de George Floyd, le processus d’immobilisation des suspects est exactement le même en Palestine et à Minneapolis: le genou du policier s’appuie fortement et sans ménagement sur la nuque de la victime avec le risque de lui briser une vertèbre ou d’entrainer sa suffocation mortelle.

Quel est donc ce lien qui fait que les polices américaine et israélienne sont si proches qu’elles utilisent des méthodes semblables et si terribles qu’elles peuvent entrainer la mort de personnes souvent innocentes de délit grave et ne méritant pas la sentence de mort? À la base de ce comportement se trouve le mépris profond des personnes appréhendées ou, en d’autres termes, le racisme de l’agresseur envers l’agressé. Il est notoirement connu et accepté par un grand nombre des membres de ces sociétés que dans l’une les êtres humains à la peau noire sont inférieurs à ceux qui ont la chance d’avoir une peau plus claire (et par conséquent leur vie ne vaut pas bien chère) et que, dans l’autre, le Palestinien est un sous-homme qui à la limite n’existe pas (son éliminationimporte donc peu). D’autre part, ce qui favorise les comportements assassins des policiers de ces deux pays est le fait qu’ils sont rarement sanctionnés par la justice de leur pays ce qui les encourage à assouvir leur haine raciale au détriment de ces groupes humains sur lesquels ils exercent une autorité incontrôlée. Chacun sait que l’impunité est source première d’abus à l’encontre des plus faibles socialement. Le troisième élément qui rend similaires la manière d’agir de ces polices est bien sûr la coopération de leurs gouvernements à tous les niveaux: politique, économique, militaire, diplomatique, culturel… En un mot, les Etats-Unis sont le grand protecteur d’Israël qui profite de leur savoir et de leur richesse. Pourtant, dans le domaine de la répression policière c’est Israël qui va transmettre à son grand allié un savoir-faire et une expérience uniques au monde. Les forces sionistes avaient, dans les années soixante, bénéficié du savoir-faire français acquis pendant la guerre d’Algérie. Des officiers israéliens s’étaient rendus à Alger pour apprendre à combattre les rebelles qui luttaient pour la liberté de leur pays. Il est vrai qu’ils avaient à lutter contre un ennemi similaire, les Palestiniens combattaient aussi contre la colonisation de leur terre. Depuis plus de cinquante ans, la police sioniste met au point et expérimente des méthodes de répression violente dont elle peut observer les effets directement sur les manifestants palestiniens qui ne cessent pas de manifester contre l’invasion de leur terre et l’application de leur droit à retourner chez eux. Un article datant du 03 juin 2020 écrit par William A. Cook publié par «Chronique de Palestine» met en cause cette coopération mortifère, notamment la formation de la police de Minneapolis: «Pourquoi les Américains devraient-ils payer pour la formation de la police qui utilise comme méthodologie d’action les tactiques que l’état d’Israël a apprises en utilisant l’emprisonnement, la torture et les tactiques de contrôle expérimentées sur des personnes qu’il ne reconnaît pas comme citoyens, des personnes à qui on refuse l’accès aux autoroutes construites par Israël pour l’usage exclusif des juifs, ce qui s’appelle de l’apartheid et un comportement non démocratique, c’est-à-dire des Palestiniens » ?

Le racisme américain et le racisme sioniste israélien, bien que d’origines différentes, se rejoignent dans l’expression de la haine qu’ils témoignent, respectivement, aux afro-américains, parce qu’ils ont la peau noire et aux Palestiniens parce qu’ils seraient d’origine Arabe.

La politique du gouvernement américain apporte un soutien sans faille à celle du gouvernement sioniste et ferme les yeux sur son contenu raciste dont témoignent de nombreuses lois promulguées en Israël et dans les territoires occupés et qui représentent des violations flagrantes des lois internationales.

La formidable mobilisation après le meurtre de George Floyd n’appelle-t-elle pas une mobilisation internationale pour défendre le droit à la vie des Palestiniens? Après tout, il s’agit, dans les deux cas, de lutter contre le racisme. Mais que faire pour que cela change effectivement? Pour ne plus être complice de crimes contre l’humanité et d’apartheid qui durent depuis 72 ans en Palestine, ne faudrait-t-il pas rompre toute relation avec l’état sioniste coupable de les pratiquer dans l’impunité?

Mokh, 9 Juin 2020

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3. SHOAH ET NAKBA, HISTOIRES LIÉES

L’HISTOIRE DEVRAIT PASSER AUX AVEUX (MICHELET)

Qui ne connait pas la Shoah? Qui connait la Nakba?

Ces deux mots, le premier en Hébreu et le second en Arabe, sont traduits en Français par le terme «catastrophe». La Shoah représente le génocide de six millions de Juifs d’Europe perpétré par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale et qui est certainement la pire des tragédies humaines que le monde ait connue. La Nakba, peu connue du grand public, représente l’expulsion des Palestiniens de leur terre natale en 1947 et 1948 par les troupes sionistes.

L’historien israélien Elie Barnavi écrit dans son livre «Israël un portrait historique» (Flammarion 2015): «Pour choquant que cela puisse paraître, Hitler a été le levier le plus puissant dans l’édification de l’État juif».

A quoi fait donc allusion cet historien grand serviteur de l’État d’Israël (il a été ambassadeur d’Israël en France) en osant affirmer le rôle majeur du nazisme dans l’apparition, la création de son pays? Pour lui, le premier responsable du génocide des Juifs d’Europe est en même temps celui qui est la cause principale, le responsable de l’édification de leur pays d’accueil au Moyen Orient.

Pour renforcer le propos ci-dessus citons l’éminent historien israélien Tom Segev qui écrit dans son livre («Le Septième Million»): «Le génocide deviendrait plus tard le premier argument à l’appui de l’idée de la création de l’État d’Israël et de ses guerres de survie».

Catherine Nicault, dans les Cahiers de la Shoah 2002/1 confirme: «Sans le nazisme et la Shoah dans le rôle de catalyseur, d’accélérateur ou encore de levier, il est douteux que l’État d’Israël ait jamais vu le jour». Elle ajoute: «Ainsi, par son impact psychologique et moral, la Shoah a indéniablement ouvert la voie aux objectifs sionistes en Palestine».

Sans en être la cause unique, la Shoah a fortement déterminé l’avènement, la création de l’État d’Israël. Or, cet État, comme l’attestent plusieurs historiens israéliens (Morris, Pappé, Segev…) à partir des archives de leur pays, n’a pu voir le jour qu’en procédant à l’expulsion, l’expropriation et même le massacre de la population palestinienne.

Malgré le fait historique avéré, prouvé et vérifié de la Nakba, les sionistes, au pouvoir en Israël, le nient sans vergogne pour éviter de reconnaître leur responsabilité morale et juridique du nettoyage ethnique de la Palestine. Tous ceux qui traitent sérieusement ce sujet ne remettent plus en cause l’origine des réfugiés palestiniens qui sont aujourd’hui près de six millions et qui vivent dans des camps d’une manière très précaire. Ainsi, Uri Ram (sociologue, Professeur à l’université Ben Gourion) cité par G. Achcar dans son livre «Les Arabes et la Shoah» (Ed. Sindbad) avoue: «Israël est une société de colonialisme de peuplement à l’égale d’autres sociétés blanches européennes telles que l’Australie ou l’Afrique du Sud. Que l’expulsion des Palestiniens en 1948 ait été préméditée ou pas (la question du transfert) ou une conséquence involontaire de la guerre, Israël est largement responsable du problème des réfugiés. La conquête de la terre et du travail était un principe avoué du sionisme travailliste et sa suite logique est le délogement des Palestiniens et la discrimination à leur égard».

Toutes ces exactions se sont déroulées au su et au vu de la communauté internationale et surtout de l’ONU et des vainqueurs de la seconde guerre mondiale qui, sous le poids de la honte et de la culpabilité après la découverte de l’ampleur du génocide, n’ont pas estimé qu’il fallait intervenir pour éviter ce qui s’est avérée comme une tragédie supplémentaire d’un peuple qui n’était pas concerné par l’horrible drame subi par les Juifs européens. Cette sorte d’omerta face aux crimes sionistes contre les Palestiniens avait donc pour origine ce crime indicible commis par les nazis et que les Européens et les Américains avaient, pendant des années, minimisé ou nié. Bien sûr, d’autres motifs de ce laisser-faire animaient les diplomaties des grandes puissances (spécialement de l’URSS et des USA), mais le principal reste bien la recherche de l’expiation du péché que représente l’extermination des Juifs d’Europe.

De ce péché allait donc naître «le péché originel d’Israël» (titre d’un livre écrit par Dominique Vidal et Joseph Algazy) que les sionistes commettront avec l’aval implicite et le soutien des occidentaux; le soutien inconditionnel des Russes et des Français s’est matérialisé à travers une livraison massive d’armes aux sionistes qui s’est avérée déterminante pour l’issue de la guerre israélo-arabe de 1948!

La Nakba est, à double titre, liée à l’Histoire des Juifs. En premier lieu elle a été perpétrée par les Juifs sionistes qui se veulent représenter tous les Juifs du monde bien que nombreux sont ceux qui le contestent. En second lieu la Nakba a été générée dans le sillage de la Shoah, qui a meurtri tous les Juifs (et pas seulement).

Présente dans la mémoire universelle, la Shoah a pris fin physiquement avec la défaite du régime nazi et son élimination. La Nakba continue aujourd’hui par la colonisation de tous les territoires palestiniens où les autochtones subissent ségrégation et nettoyage ethnique pratiqués dans l’impunité totale par l’armée israélienne.

Indéniablement, les histoires tragiques des peuples, israélien et palestinien sont profondément intriquées et liées.

Pourtant, les sionistes nient avec véhémence la réalité de la Nakba qu’ils ont contribuée à générer. Ce déni qui s’accompagne de la colonisation forcenée du territoire palestinien, représente certainement l’obstacle principal qui empêche de progresser vers une paix juste et équitable pour les deux parties.

Les sionistes ne voulant rien entendre, seule une forte pression ainsi que des sanctions de la communauté internationale pourraient les amener à prendre en considération cette histoire qu’ils partagent et qu’ils ont en commun avec les Palestiniens. Tant que leurs crimes, bien que souvent condamnés, resteront impunis, ils se sentiront à l’abri de représailles et encouragés à continuer leur politique colonialiste.

La Nakba se situe dans la continuité historique de la Shoah. Ces deux tragédies ne peuvent être séparées tant l’une est la conséquence de l’autre. L’originalité exceptionnelle de ces liens est qu’ils ont été tissés en grande partie par des victimes survivantes (ou leurs descendants et leurs coreligionnaires) de la Shoah transformées en bourreaux pendant la Nakba. Ce fait, qui n’est plus remis en cause sauf pour des raisons politiques, a été, pendant plus de trente ans après sa réalisation, nié, camouflé par les sionistes et surtout par les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale. En effet, comment avouer et accepter qu’après avoir soutenu la création d’Israël pour tenter d’expier les hideux crimes de la Shoah, cette tentative de sauver les consciences du monde «civilisé» a abouti à l’injustice que les sionistes allaient faire subir aux Palestiniens (qui eux n’avaient rien à voir avec le génocide des Juifs d’Europe). Mis à part les spécialistes de l’histoire du Moyen-Orient, peu de gens connaissent l’origine du problème des réfugiés palestiniens, qui a été très peu traitée, rapportée par la grande presse afin de ne pas répandre le scandale du «péché originel» de la création de l’État d’Israël. La journaliste américaine Dorothy Thompson (la plus célèbre de son époque) a bien essayé de dénoncer ce qui arrivait aux Palestiniens en 1947/1948, après avoir soutenu les sionistes: elle a été mise au ban de la société et a perdu ses mandats dans la presse populaire américaine…

Par la colonisation, la Terre Sainte a été transformée en en Terre de calvaire. Shoah et Nakba sont reliées par le lien indestructible de la souffrance humaine. C’est pourquoi, il est urgent d’établir entre ces deux peuples, qui savent ce qu’est la peur, la mort, l’expropriation, le désespoir, des liens de paix et d’amour quelle que soit la forme que cela prendra: un État, deux États…

Mai 2020, MokH

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2. L’accord NAZI-SIONISTE

L’histoire devrait passer aux aveux(MICHELET)

Cet évènement qui n’est relaté que dans quelques livres d’histoire spécialisés, est pourtant une des clés essentielles illustrant l’idéologie sioniste, ses méthodes d’action et l’influence qu’elle exerce sur le monde depuis plus de cent ans.

Très rapidement, quelques mois après l’arrivée d’Hitler au pouvoir (le 30 Janvier 1933) et malgré un antagonisme profond entre les deux parties, nazis et sionistes aboutissent à un pacte en août 1933, signé par des hauts fonctionnaires représentant les ministères des affaires étrangères et de l’économie du troisième Reich et des délégués du Yichouv (l’implantation sioniste en Palestine), membres de l’Agence juive qui a repris la main sur les discussions avec les nazis après qu’elles ont été initialisées par Max Cohen(un homme d’affaires sioniste) auprès du consul allemand à Jérusalem. Ce dernier avait bien compris, étant donnée la situation économique précaire de l’Allemagne à cette époque, tout l’intérêt qu’avait son pays à aboutir rapidement à un accord avec les sionistes.

Par cet accord, les nazis consentent à ce que les candidats juifs allemands à l’émigration en Palestine, puissent y emporter des produits industriels ou agricoles fabriqués en Allemagne. Malgré la pression raciste qui les transformait en sous-citoyens, les juifs allemands restaient très attachés à leur culture germanique et avaient du mal à se résigner à émigrer. Le stratagème économique imaginé par les sionistes va les y encourager.

Cet arrangement satisfaisait les sionistes et les nazis quant au fondement de leurs idéologies. Les premiers récupéraient une partie du flux des émigrants que l’ostracisme nazi engendrait, pour les installer en Palestine; les seconds se débarrassaient de leurs citoyens juifs qu’ils ne voulaient plus voir vivre en Allemagne. Ainsi, le vœu de David Ben Gourion, qui  souhaitait que la victoire nazie puisse devenir « une force fertile pour le sionisme »(1), était exaucé.

L’accord Haavara (de transfert en Hébreu), ainsi indiqué dans les documents officiels, va engendrer une profonde controverse dans le monde sioniste. Deux courants majeurs dominaient ce mouvement dans les années trente : la gauche, dirigée par Ben Gourion, et la droite révisionniste de Jabotinsky. Bien que leur objectif suprême était d’obtenir la Palestine pour créer un État Juif, leurs méthodes pour atteindre ce but commun se différenciaient par le pragmatisme des uns et la détermination volontariste et jusqu’au-boutiste des autres. Cela va se manifester lors de leur confrontation concernant l’accord Haavara. Les révisionnistes ont dénoncé vertement cet accord et estimaient qu’il fallait combattre sans merci le nazisme antisémite. Ce désaccord au sein du mouvement sioniste va se cristalliser dans le combat pour le boycott économique et diplomatique contre le nazisme lancé aux USA et en Grande Bretagne dés que les premières mesures ségrégationnistes furent annoncées contre les juifs allemands en mars 1933.

Le 24 mars 1933, le journal anglais « Daily Express » titrait sur cinq colonnes :  « Judea declares war on Germany » (les Juifs déclarent la guerre à l’Allemagne). De nombreuses manifestations sont organisées aux USA et en Grande Bretagne pour dénoncer les nouvelles mesures antisémites des nazis. Le célèbre avocat new-yorkais, Samuel Untermeyer , va lancer un appel au boycott de l’Allemagne nazie dans le New York Times et créer à cette fin  « La Ligue non sectaire anti-nazie » (2). À Londres, Lord Melchet prend la tête du mouvement anti-nazi et prône également le boycott(2). Aux États Unis, en Grande Bretagne, en France et dans de nombreux autres pays, des partis politiques, des centrales syndicales et des personnalités religieuses se rallient publiquement au boycott(2). Cette levée de bouclier internationale va profondément inquiéter les nazis qui, pour la contrer, vont mobiliser toutes leurs forces diplomatiques et faire aboutir le plus rapidement possible, l’accord de transfert Haavara avec les sionistes, sur les conseils appuyés de leur consul(Wolf) qui y voyait « une contribution à élargir la brèche déjà ouverte dans le boycott de l’Allemagne » (2).

Aucun gouvernement des grandes puissances ne soutiendra officiellement et pratiquement le boycott de l’Allemagne nazie! Au contraire, la situation économique désastreuse dans laquelle se trouvaient tous les pays après la grande crise de 1929, va pousser ces gouvernements à relancer la machine économique mondiale et en particulier celle de l’Allemagne qui devait rembourser ses dettes de guerre aux vainqueurs de la première guerre mondiale.

LES CONSÉQUENCES DE L’ACCORD DE TRANSFERT HAAVARA

Cet accord impliquait que les sionistes devaient empêcher l’application du boycott de l’Allemagne nazie. David Ben Gourion qui avait déclaré « rien ne m’intéresse que de sauver ces 500000 juifs d’Allemagne » (1) va s’y employer énergiquement; au cours du 18ième congrès sioniste du mois d’août 1933, l’accord Haavara est approuvé et surtout, le boycott, sans être dénoncé, ne sera pas organisé et donc, perdra peu à peu de son efficacité. Les nazis étaient soulagés. la menace qui pesait sur eux était levée; ils pouvaient ainsi continuer à accentuer la pression raciste sur leurs citoyens juifs (Lois de Nuremberg) et les inciter fortement au départ …vers la Palestine, à la grande satisfaction des sionistes. Mais quel a été le bilan de ce processus de transfert ?

De 1933 à 1939 prés de 50’000 Juifs allemands pourvus de moyens économiques importants(en Palestine on les appelait « capitalistes » à l’époque) vont aller irriguer la Palestine de par leur richesse financière et aussi par leurs connaissances techniques et culturelles. De nombreux témoignages(1,2,3) attestent qu’ils vont provoquer une amélioration notoire tant économique que culturelle de cette région encore peu développée .L’Agence Juive, au bord de l’asphyxie financière (les dons, surtout des USA, n’arrivent plus en cette période sinistrée après la catastrophe boursière de 1929) va s’en trouver revigorée et pouvoir continuer son œuvre de colonisation intensive de la Palestine.

Selon Philippe Simonnot(4) « Le résultat de la politique nazie d’émigration volontaire ou forcée était le suivant: sur les quelques 525’000 juifs que comptait l’Allemagne avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir, 37’000 quitteront le pays en 1933; au cours des quatre années suivantes, le nombre annuel d’émigrants ne dépassera pas ce seuil (23’000 en 1934, 21’000 en 1935, 25’000 en 1936, 23’000 en 1937). En 1933, environ 73% des émigrants gagnèrent des pays de l’Europe de l’Ouest, 19% la Palestine, et 8% l’outre mer. A la fin de 1939 les juifs, en Allemagne, n’étaient plus que 190’000. Ces chiffres montrent que ni les nazis, ni les sionistes n’avaient réussi à atteindre leur but ultime commun; sur les 325’000 juifs que les Allemands avaient forcé à partir les sionistes en avaient dirigé prés de 15% en Palestine en utilisant l’accord de transfert Haavara . Sur le plan économique et humain, les sionistes consolident le Yishouv (l’implantation juive en Palestine) alors que les nazis peuvent relancer leur machine de production industrielle aidés en cela par la distribution de leurs produits au Moyen Orient à travers la Palestine. L’aspect le plus bénéfique pour les nazis de l’accord Haavara est assurément d’avoir pu contourner le boycott international et ses effets désastreux sur la population allemande qu’elle avait vécus pendant la guerre de 1914/18. Comme le souligne Henry Laurens(5) « L’Allemagne nazie s’est profondément sentie en danger. Les données objectives de son économie à cette date montrent sa profonde vulnérabilité ». Force est de constater que les sionistes, obnubilés par leur objectif essentiel de s’accaparer de la Palestine, ont signé un pacte avec le diable nazi en le renforçant alors qu’ils auraient pu contribuer à son affaiblissement en vue de l’anéantir. Le choix sioniste délibéré est bien illustré par la célèbre réflexion de David Ben Gourion(1) : « si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution ». Pourtant ,comme l’écrit l’historien israélien T.Segev ((1) « le boycott de l’Allemagne exprimait en réalité, une tentative de défendre les droits des Juifs partout où ils vivaient y compris en Allemagne Nazie ». Malgré certaines affirmations, souvent d’origine sioniste, la lutte à outrance et sans merci par le boycott contre le nazisme ne pouvait augmenter la souffrance des juifs allemands: ils étaient déjà soumis aux mesures racistes et discriminatoires du régime hitlérien et, instinctivement, avaient commencé à fuir le territoire allemand (bien avant la signature de l’accord Haavara), ce qui déplaisait aux sionistes car ceux-ci préféraient par idéologie, voir ces fuyards se diriger vers la Palestine afin de la coloniser et bénéficier de tous les importants avantages matériels consentis par les nazis à ceux qui acceptaient de s’y rendre. Henry Laurens(5) note pertinemment que « l’élément décisif dans la prise de décision (par les sionistes en signant l’accord Haavara) est le destin du foyer national juif et la constitution de l’État Juif .Le prix à payer est d’avoir brisé la seule tentative d’action collective contre le 3eme Reich au moment où il était vulnérable ». Personne, à l’époque, n’avait envisagé la catastrophe que le sabordage du boycott de l’Allemagne nazie (donc de la résurgence de sa puissance économico-militaire) allait contribuer à engendrer. Les dizaines de millions de morts durant la 2eme guerre mondiale et le génocide de six millions de Juifs d’Europe en sont les tragédies les plus marquantes.

La création d’Israël s’est réalisée mais le problème palestinien, toujours pas résolu, prouve que la justice ne peut se bâtir sur l’injustice.

Bibliographie

  1. Le septième million , Tom Segev , Edit Liana Levi
  2. La diplomatie du 3eme Reich et les Juifs, Eliahu Ben Elissar, Christian Bourgois Editeur
  3. Jewish Emigration from the Third Reich, Ingrid Weckert
  4. Philippe Simonnot, Le Siècle Balfour 1917-2017, Edit Pierre Guillaume De Roux
  5. La question de Palestine, Henry Laurens
  6. The Transfer Agreement, Edwin Black
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1. Confinements

L’histoire devrait passer aux aveux ( Michelet )

Depuis plus d’un mois , le coronavirus sévit dans le monde , en particulier en Europe et en Chine .

Cette pandémie accable durement les populations qui constatent avec stupeur que la toute puissance de la technologie moderne ne l’a pas mise à l’abri de ce fléau mortel représentant les temps anciens et révolus.

Le confinement de la population est quasi généralisé là où le virus apparaît , le seul remède préconisé pour éviter sa propagation est de suivre le mot d’ordre : « restez chez vous » ! Les gens ne peuvent plus vivre normalement , librement , circuler sans entrave , travailler et étudier , consommer sans limite …Une armada de thérapeutes, de psychologues fait de son mieux pour limiter les dégats physiques et psychologiques de cette population désemparée qui fait face à l’inconnu. Malgré les souffrances et les deuils insupportables les gens respectent , en général , les directives gouvernementales, conscients du bien public et de la sécurité sociale . Ils ne sont pas contraints mais se sentent obligés . Bien sûr , chacun est persuadé que cette situation ne durera pas, cela cessera dans quelques semaines, tout au plus dans quelques mois. Cet immense espoir est la meilleure arme pour lutter efficacement contre ce fléau inattendu que dame nature a érigé, peut-être contre les abus humains intempestifs.

Cela nous amène à considérer une autre forme de confinement inhumain, pas naturel et qui persiste depuis des années. il est imposé à une population de plus de deux millions d’habitants par une armée puissante et suréquipée . Il s’agit de Gaza, ce territoire que l’on caractérise communément de « prison à ciel ouvert ». Dans le monde, nombreux sont ceux qui , forts de leur nouvelle expérience, vont découvrir les limites que le confinement médical impose à leur vie. Ainsi comprendront-ils plus facilement et plus profondément ce que subissent et supportent les Palestiniens dans leur enclave de Gaza et en Cisjordanie occupée. La densité de population à Gaza est la plus haute au monde (deux millions de personnes vivent sur 360 km carrés, soit 5500 habitants au kilomètre carré). La majorité y vit dans des camps de réfugiés aux conditions d’hygiène et de confort les plus précaires : l’accés à l’eau est restreint drastiquement, l’électricité est rationnée au strict minimum , les soins à la population sont réduits depuis la destruction de nombreux centres de santé par les bombardements de l’armée israélienne, 30% de la population est réduite au chômage , les règles de confinement sont strictes , rigoureusement appliquées ce qui interdit pratiquement les déplacements à l’extérieur de ce minuscule territoire. Sans nul doute ,les Palestiniens sont des gens comme tous ceux qui habitent la planète terre. Ils ont des enfants ,des épouses ,des époux ,des parents et aspirent à vivre dans la joie ,dans le bonheur tout en subissant aussi des peines. Mais ils en sont empêchés et lorsqu’ils se rebellent contre cette réduction de leur vie, l’État sioniste leur envoie ses tueurs d’élite pour les décourager ( selon l’OCHA 31514 Palestiniens ont été blessés et 279 tués du 30 mars 2018 au 30 Avril 2019 ;pendant la même période , 56 Israéliens ont été blessés et 2 tués).

Les ONG opérant à Gaza tirent la sonnette d’alarme : une double peine menace les Gazaouis : en plus de toutes les restrictions qui leur sont imposées par le blocus israélien, le coronavirus y a fait ses premières victimes. En fait c’est une triple peine que les Gazaouis vont devoir affronter. Aux deux premières évoquées (blocus politique et restrictions économiques) , une troisième , inhérente à leur situation épouvantable , va certainement les atteindre : le manque cruel de soins, de tests de dépistage vont entrainer une extension rapide de la pandémie. C’est pourquoi, et encore plus qu’auparavant, le blocus de Gaza doit être levé dans le cadre d’une solution juste au confinement forcé de cette population contrainte à l’exil après la colonisation sioniste de leur pays d’origine. Cet espoir pourrait émerger de la prise de conscience de ceux qui subissent un semblable confinement mortifère et qui en mesurent toutes les conséquences sur la vie de tous les jours. Le virus du sionisme colonialiste doit être éradiqué de la terre palestinienne où il sévit depuis plus d’un siècle en expropriant , en expulsant, en emprisonnant les autochtones qui sont empêchés de retrouver leurs foyers et leurs terres d’origine. Cette ignominie se déroule dans l’indifférence et « le silence assourdissant du monde » qui sait et ne fait rien. Aucune action réelle n’est entreprise contre l’Etat voyou sioniste qui ne respecte pas la loi internationale (sauf quand elle est en sa faveur) et continue la colonisation des terres palestiniennes tout en étant à l’abri de sanctions contraignantes qui l’obligeraient à cesser d’entraver la Vie de ceux qui y demeurent.

Un remède simple existe pourtant pour mettre fin à cette ignoble occupation :  la Justice, fondée sur le droit des populations à vivre dignement et qui doit être rendue sans aucune référence idéologique.

Le 30 Mars 2020 , Jour de la Terre en Palestine

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