A propos du boycott en général et du boycott du Jerusalem quartet

Nous avons écrit suite à deux lettres de lectrice et lecteur dans le journal Arcinfo pour présenter notre position.
Lettre ci-dessous qui n’a pas été publiée par Arcinfo (mais on s’en doutait)

Le Collectif Action Palestine NE (CAP) appelle à boycotter le concert donné le 22 mars par le quatuor de Jérusalem à la Salle de musique de La Chaux-de-Fonds. Pourquoi ?

  • Des ambassadeurs du régime d’apartheid : Le Quatuor de Jérusalem effectue régulièrement des tournées dans le cadre d’initiatives financées, parrainées ou organisées d’une autre manière par le ministère israélien des Affaires étrangères et les missions diplomatiques israéliennes.
  • Des liens et un soutien à l’armée israélienne : En 2003, la journaliste israélienneWendy Elliman rapportait à propos du Quatuor qu « à l’issue de leur service militaire il y a trois ans, ils ont obtenu le statut de Musiciens émérites de l’armée israélienne et continuent de jouer pour les troupes trois fois par semaine lorsqu’ils sont en Israël »1. Malgré les accusations internationales de crimes de guerre et de génocide, le groupe continue de jouer pour l’armée.
  • Malgré les critiques et aux appels au boycott, le quatuor ne s’est jamais distancé de la politique du gouvernement Netanyahu et de ses ministres d’extrême-droite.

Comme le souligne le collectif Jewish Voice for Peace of Eastern Iowa, dans un appel à boycotter le concert de ce quatuor : « Comment peut-on dissocier l’art des artistes qui sont formés, soutenus financièrement, encouragés et honorés par un gouvernement génocidaire ? » 2

Depuis 2005, les politiques culturelles israéliennes visent à promouvoir l’image d’un Etat progressiste et ouvert. Les subventions publiques en Israël sont octroyées aux artistes qui servent un objectif de propagande clair : selon le règlement de la Division des affaires culturelles et scientifiques du ministère des Affaires étrangères, « le soutien aux institutions culturelles, artistes et créateurs, doit correspondre aux intérêts du ministère des Affaires étrangères. […] La priorité doit être donnée aux activités qui contribuent au positionnement-branding de l’État d’Israël, à la promotion de son image et à la glorification de son nom auprès du public influent ».

Ces dynamiques d’exportations culturelles (littérature, danse, cinéma, …) agissent comme une vitrine masquant une tout autre réalité : celle de la politique coloniale et génocidaire du régime israélien ayant réduit Gaza à un cimetière à ciel ouvert. Depuis des mois, les survivant.e.s gazaoui.e.s aux incessants bombardements errent dans les ruines; il n’y a plus d’abri, plus d’hôpitaux, plus de pain, plus d’eau potable. La population de Gaza, toute entière, est tuée par la famine, la déportation et l’extermination. Elle est tuée par l’Etat d’apartheid israélien, qui bombarde, affame, viole et mutile la population palestinienne.

Depuis le début de son existence, Israël  a mené une politique visant à cibler délibérément la culture  palestinienne. Pour ne donner que quelques exemples :

  • Pendant la Nakba de 1948, les milices sionistes ont pillé et/ou détruit des dizaines de milliers de livres  palestiniens.
  • Lors de l’invasion militaire israélienne de Ramallah en 2002, les  soldats ont saccagé des centres culturels et détruit des manuscrits  originaux appartenant au poète palestinien Mahmoud Darwish.
  • En 2009, en réaction à la désignation de Jérusalem comme capitale de la culture arabe par la Ligue arabe et l’UNESCO, Israël a interdit les rassemblements culturels dans tout Jérusalem-Est occupée.
  • Sans compter les millierts d’artistes, poètes, photographes, cinéastes, écrivain-es, chanteur-euses assassiné-es durant le génocide en cours à Gaza.

En 2005, la société civile palestinienne lance un appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre l’Etat d’Israël jusqu’à ce qu’il se conforme au droit international en mettant fin à l’occupation et à la colonisation, en levant le blocus de Gaza, en respectant l’égalité absolue des droits des Palestinien·ne·s et en mettant en œuvre le droit au retour des réfugiés·e·s palestinien·ne·s.

Cette campagne s’inspire du boycott de l’Afrique du Sud dans les années 80. Elle est un mode de résistance non-violente, antiraciste, qui ne cible pas les personnes mais les institutions et celles et ceux qu’elles soutiennent.

Les directives spécifiques au boycott culturel du PACBI (Campagne Palestinienne de Boycott Académique et Culturel d’Israël) ont été énoncés par un groupe d’universitaires, d’artistes et de travailleur.se.s culturel.le.s palestinien.ne.s

Par le passé, l’ONU a reconnu la pertinence du boycott culturel dans la lutte contre un régime d’apartheid : en 1968, son Assemblée générale a elle-même demandé « à tous les Etats et organisations de suspendre l’ensemble de leurs échanges culturels, éducatifs, sportifs et autres avec le régime raciste d’Afrique du Sud et avec les organisations ou institutions qui pratiquent l’apartheid ». Un rappel que ce moyen d’action est un outil légal, qui a déjà fait ses preuves. 

Dans le contexte actuel de violation crasse du droit international et humanitaire, ainsi que des mesures provisionnelles ordonnées par la Cour Internationale de Justice, le même devoir de boycott non seulement économique, mais également culturel, de toute institution affiliée à l’État d’Israël constitue une exigence légale découlant des principes fondamentaux du droit international public.

1 Wendy Elliman, « Jerusalem Quartet loves to play”, Jewish Independent,21 mars 2003.

2 “Lettre à la rédaction : Le Quatuor de Jérusalem, qui doit se produire à Iowa City, est composé d’ambassadeurs du gouvernement d’apartheid israélien », par le Jewish Voice for Peace of Eastern Iowa, publié sur le site Little Village, 10 mars 2025