Le témoignage d’une vie au service de la justice

Théo, compagnon de route au sein du CAP, nous livre avec son texte, non seulement un témoignage de son engagement sans relâche pour la justice, mais aussi, et surtout, des clefs qui nous permettent de comprendre ce monde et de l’analyser. Par ses nombreuses lectures, par ses rencontres aux cours de grands rassemblements tant locaux que planétaires, par ses voyages, par ses expériences de vie en Bolivie, au Nicaragua, en Palestine et ailleurs, Théo nous décrit une réalité telle qu’elle est vécue par ceux et celles d’en bas, par ceux et celles qui sont exploité.e.s, qui luttent, que l’on torture et qu’on assassine, en toute impunité.

Et Théo semble toujours avoir en mémoire un proverbe Mandingue :

«Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier les chasseurs».

Engagement lucide et critique tout au long d’une vie

Au cours de notre lecture, on passe par les pires dictatures d’Amérique latine dans les années septante, soutenues par les États-Unis, et où était appliquée ce qu’on a appelé l’opération Condor. Théo explique bien le rôle des multinationales dans ce combat inégal des paysans et des paysannes et des ouvrières et ouvriers pour protéger leurs terre et leurs richesses et améliorer leurs conditions de vie, contre les gens de pouvoir, ainsi que contre la hiérarchie ecclésiastique. Et reviennent alors en mémoire les assassinats dont la presse ici ce faisait peu l’écho. Qui se souvient du financement des contras par les États-Unis, qui menaient une guerre sale de sape depuis le sud du Honduras, contre le Nicaragua alors révolutionnaire. Et Théo reste critique, tant à l’égard d’Evo Morales, qui a complètement retourné sa veste et abandonné ses promesses, qu’à l’encontre de Daniel Ortega, révolutionnaire en 79 et actuel président dictateur du Nicaragua.

Edward W. Saïd, l’orientalisme et la question palestinienne

Ce qui peut nous intéresser ici, ce sont les passages du livre de Théo sur Edward W. Saïd et sur la Palestine (Deuxième partie, pages 71 à 157). Cet intellectuel a eu une grande influence sur Théo et lui a fourni, à travers ces ouvrages majeurs

L’orientalisme, L’Orient créé par l’Occident, dans lequel l’auteur montre comment l’Orient a été en fait créé de toute pièce par des intellectuels occidentaux, qui rabaissaient au niveau de primitif, incultes et violents les «Arabes», Culture et impérialisme qui précise les propos du livre précédent et enfin La question palestinienne, ouvrage dans lequel E. Said conteste le mythe fondateur israélien voulant que les Palestiniens aient fui volontairement en 47 – 48 pour permettre aux armées arabes d’attaquer le nouvel État –

des éléments d’analyse de la situation passée et actuelle au Proche-Orient. Ces lectures sont complétées entre autre par des présentations et analyses des livres de Mazin Qumsiyeh Une histoire populaire de la Résistance palestinienne et d’Ilan Pappe Le nettoyage ethnique de la Palestine ou la véritable histoire de l’occupation de la Palestine par les Israéliens. Et la conclusion d’Edward Saïd pourrait aussi être la nôtre :

«d’une manière ou d’une autre, il faudra que les Israéliens reviennent à la réalité, respectent le droit des peuples et les lois internationales, et s’accommodent d’une forte présence palestinienne, dans un État garanti par les nations, aux frontières reconnues».

Après cette analyse, Théo nous fait part de son vécu sur le terrain, sur ce qu’il a vu des injustices commises par l’occupant auprès des populations civiles.

Mais il y a encore beaucoup à faire

En fin d’ouvrage, Théo nous parle de son indignation à l’égard des injustices de ce bas monde (Schmidheiny et l’amiante, l’esclavage et les riches familles de Neuchâtel, le non-accueil des réfugiés, l’urgence climatique et la lâcheté des gouvernements, etc.) et de son engagement auprès des jeunes pour le climat, pour la décroissance et la survie de l’humanité.

Un grand merci Théo, pour cet ouvrage qui n’est pas seulement une biographie, mais aussi un point de vue lucide sur notre histoire et notre responsabilité.

P.

Une réflexion sur « Le témoignage d’une vie au service de la justice »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.